Les deep tech, ces start-up fortement innovantes issues de la recherche, qui touchent des sujets de société majeurs tels que l'environnement ou la santé, demandent des apports en capital importants et croissent sur des cycles plus longs que les autres jeunes pousses, occupent une place de plus en plus importante dans l'écosystème. D'après le rapport annuel de Hello Tomorrow et du BCG, dévoilé dans « Les Echos », l'investissement dans ce type de structures a crû de 22 % en moyenne depuis 2015 au niveau mondial, pour atteindre près de 18 milliards de dollars en 2018.

Pour Antoine Gourévitch, senior partner au BGC et auteur du rapport, ces jeunes pousses sont en train de remettre en cause les modèles de recherche et développement (R&D) partout dans le monde. « Aujourd'hui, une start-up qui travaille avec des chercheurs de très haut niveau parvient à innover de manière plus importante que les services R&D de grosses entreprises », constate-t-il.

Des cycles dépendants des secteurs

Pour cause, une plus grande accessibilité à ces technologies. Le rapport pointe la chute de plusieurs barrières à l'entrée pour les deep tech : un accès accru aux données, une puissance de calcul plus importante, du matériel informatique moins cher, ou encore la possibilité de créer des prototypes avec des imprimantes 3D. « Même en biologie, les choses accélèrent fortement, avec le séquençage et l'édition du gène qui sont de moins en moins chers », pointe Antoine Gourévitch.

Toutes les start-up ne sont cependant pas logées à la même enseigne, selon les chiffres du rapport. Une biotech met en moyenne 4 ans pour porter un produit sur le marché, contre 2,4 ans pour une start-up deep tech développant un produit lié à la blockchain. Les biotech sont en outre les plus consommatrices de fonds : l'étude estime qu'il faut 1,3 million à une jeune pousse de ce secteur pour développer un premier prototype, contre seulement 457.976 euros pour une entreprise de drones et robotique.

Particulièrement consommatrices de fonds, et rentables uniquement à long terme, les deep tech reposent souvent sur des financements publics durant les premières années de leur existence. C'est particulièrement vrai en France, où 33 % des fonds injectés dans cet écosystème sont publics, une part deux fois plus importante que dans le reste du monde.

Dès qu'il s'agit de croître, elles doivent cependant pouvoir compter sur d'importants apports de la part du « venture capital » ou des grands groupes. « Et au moment d'accélérer, les start-up françaises vont souvent se financer à l'étranger, car les fonds privés français ne sont pas encore structurés pour les suivre », déplore Arnaud de la Tour, cofondateur d'Hello Tomorrow. Et de citer les exemples de Dataiku, de Cellectis ou Shift Technology, qui comptent toutes des investisseurs américains à leur capital, parfois au prix du déplacement de leur siège social.

Fuite des talents

Au-delà du financement, la France, qui forme des talents de très haut niveau, doit également faire face à leur exode, dû aux salaires particulièrement peu attractifs dans la recherche. « Faire revenir ces talents est un vrai enjeu pour l'écosystème, estime Arnaud de la Tour. Il faut bien avoir en tête que ces entreprises sont avant tout basées sur les résultats des recherches effectuées en laboratoire. »

Malgré ces obstacles, les jeunes pousses françaises de la deep tech occupent une place importante en Europe. Les secteurs les mieux représentés sont la photonique et l'électronique, dont 28 % des start-up sont françaises, les drones et la robotique (28 % également) et l'intelligence artificielle, avec 27 % de pépites tricolores dans l'écosystème européen. Les biotech et la blockchain pointent à la dernière place, les start-up françaises représentant tout de même respectivement 21 % et 18 % de ces jeunes pousses en Europe.