Le millésime 2018 du marché du travail en France est bien meilleur que ne le laissaient craindre les estimations de l'Insee il y a à peine plus d'un mois. Au quatrième trimestre, les créations nettes d'emplois salariés ont frôlé les 51.000 dans le secteur privé, a indiqué mardi l'Institut national de la statistique. Soit 34.500 de plus qu'annoncé en février lors de la publication de données provisoires. Si l'on ajoute le petit rebond observé dans le secteur public (+2.800), ce sont 53.600 emplois qui ont été créés d'octobre à décembre, par rapport au trimestre précédent.

Les sources étant différentes, il n'est pas rare que des écarts entre données provisoires et définitives soient constatés, mais ils restent généralement très limités. « Ils sont rarement de cette ampleur », reconnaît Sylvain Larrieu, chef de division Synthèse et conjoncture de marché du travail de l'Insee. Une révision en appelant une autre, les chiffres du troisième trimestre (pourtant définitifs) ont eux aussi été revus... à la hausse, à hauteur de 14.100 précisément.

Pas de coup de pouce public

Le gouvernement n'a enclenché aucune mesure de politique publique de l'emploi en fin d'année dernière. Les effets du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) et du pacte de responsabilité ont atteint leur vitesse de croisière, et ceux de la prime PME sont désormais éteints. Sans coup de pouce public, ces révisions à la hausse doivent donc tout à la seule bonne marche de l'économie. Bonne marche que le mouvement des « gilets jaunes », enclenché mi-novembre, n'a pas stoppée, même s'il a fortement impacté l'activité de milliers de commerçants.

Au passage, ces chiffres de l'emploi revus à la hausse sur les six derniers mois de 2018 expliquent la forte baisse du taux de chômage au quatrième trimestre dévoilée en février, qui avait surpris l'Insee lui-même et nombre d'économistes. Il était ressorti à 8,8 % de la population active en France (hors Mayotte), en baisse de 0,3 point, au plus bas depuis 2009.

Si l'on ajoute le premier semestre, l'économie française s'est enrichie d'un peu moins de 150.000 emplois sur l'année, malgré une baisse de l'intérim qui se poursuit : +160.300 pour le privé et -10.700 dans le public. Les moteurs restent les services marchands et la construction avec respectivement 114.000 et 26.000 postes en plus. Même l'industrie s'en est bien sortie avec 9.500 emplois supplémentaires. Le chiffre peut paraître faible. A tort. Il reste élevé, compte tenu des successions de trimestres de baisse ou, au mieux, de stabilité, ces dernières années.

Tout cela dessine un tableau du marché de l'emploi cohérent avec les agrégats macroéconomiques, souligne Sylvain Larrieu. Le nombre d'emplois créés était deux fois plus important en 2017, mais la croissance du PIB était de 2,3 %, contre 1,5 % l'an dernier.

Pour la suite, l'Insee dans sa dernière prévision en date table sur 60.000 créations nettes d'emplois sur le premier semestre de 2019. Compte tenu des bonnes nouvelles du jour, ce chiffre a des chances d'être revu légèrement à la hausse mardi 19 mars lors de la publication de la note de conjoncture de l'institut. L'évolution du taux de chômage, attendu en baisse de 0,1 point, devraiten revanche rester identique.