Après le ministère du Travail ou l'Unédic, l'Insee ajoute sa pierre à la radiographie d'un des pans du marché du travail en France, celui des contrats courts, au coeur de l'actuelle négociation sur l'assurance-chômage. Son étude, publiée mercredi, rappelle que le nombre d'embauches en CDD ou de missions d'intérim de moins de trois mois n'a cessé d'augmenter depuis le milieu des années 2000. Leur durée moyenne, elle, a suivi une pente inverse. Comme ces embauches se sont concentrées sur un nombre relativement stable de personnes, il en résulte « une forte hausse de la rotation de la main-d'oeuvre au cours de la période ».

Dans le détail, ce phénomène a concerné 1,2 million de personnes en moyenne sur 2017. Soit 4,5 % de toutes les personnes en emploi à un instant donné. Un niveau qui s'est stabilisé depuis le milieu des années 2000, alors qu'il était de 1 % en 1982. A cette époque, il touchait spécifiquement les jeunes. Il s'est, depuis, diffusé à toutes les classes d'âge puisque la part des 15-24 ans dans l'ensemble des contrats courts est passée de 61 % au début des années 1980, à 39 % en 2000, et à 27 % en 2017.

Tous âges confondus, la catégorie socioprofessionnelle la plus représentée est celle des ouvriers (10,6 %) et, si l'on détaille, celle des ouvriers non qualifiés de l'industrie (22,4 %) parce que le recours à l'intérim y est très développé, suivis par les ouvriers agricoles (15,6 %), ces derniers étant plus souvent en contrat saisonnier. Sans surprise, les salariés en contrat court sont plus fréquemment employés à temps partiel : 29 % contre 19 % pour l'ensemble des personnes en emploi.

Pour autant, il y a précarité professionnelle et précarité professionnelle. L'étude montre en effet qu'en 2017, une personne sur deux en contrat court a travaillé en continu. Les allers-retours entre travail et chômage n'ont concerné « que » 36 % des personnes : 19 % en chômage prédominant (neuf mois sur douze) ; 17 % en alternance (la moitié du temps au chômage). Les réembauches et renouvellements de contrat chez le même employeur sont fréquents : en 2017, 60 % des personnes travaillaient encore dans la même entreprise trois mois plus tard.