Une façon de remédier à une certaine invisibilité. Un exemple ? La retransmission télévisée d'un concert de Juliette Gréco en 1972. Deux morceaux, "Déshabillez-moi" et "Vieille" sont assortis d'un carré blanc, avertissement aux âmes sensibles. Mais pas les "Pingouins", qui dénonce l'homophobie avec une métaphore des "vilaines pingouines" pourtant claire.

"C'est comme si le sujet de la chanson n'existait pas", commente auprès de l'AFP Pauline Paris, compositrice et interprète, co-autrice de l'ouvrage (éditions iXe) avec Léa Lootgieter, journaliste et militante LGBT.

Cette dernière constate "un manque" autour des thèmes lesbiens en musique, support pourtant "universel" alors que des travaux existent pour le cinéma ou la littérature. "Quand on parle de musique interlope, l'homosexualité masculine est abordée; mais mis à part Mecano +Une femme avec une femme+ il n'y a rien pour les filles", ajoute-t-elle. "J'ai manqué de modèles lesbiens dans la chanson", rebondit Pauline Paris.

- "Joe le taxi" -

L'idée du livre s'est faite plus précise quand les deux jeunes femmes ont signé une chronique sur une chanson au dessous lesbien pour "Gouinement lundi", émission radiophonique co-produite par Léa Lootgieter. L'ouvrage, illustré par Julie Feydel, propose une playlist à télécharger. Le tout est une mine d'informations, sur un tempo érudit et ludique, épluchant des œuvres d'artistes lesbiennes ou non.  

Il y a les paroles évidentes de "Maman a tort" (1984) chantée par Mylène Farmer - "Trois, l'infirmière pleure/Quatre, je l'aime" - et l'ambiguïté des "Doigts" chantés par Françoise Hardy - "Quand je t'apprends/Sur le bout de mes doigts", dans l'album "La question" (1971) conçu avec Tuca, guitariste brésilienne "ouvertement lesbienne" comme l'écrivent les autrices.  

Et le cas particulier du tube "Comme un ouragan" (1986) de Stéphanie de Monaco. "On a 34 ans toutes les deux avec Pauline, on la connaissait de loin cette chanson. Mais on nous a dit que c'était devenu à l'époque un hymne lesbien. Ah bon ? On l'a réécoutée", confie Léa Lootgieter. La vision du clip est éclairante. "A la fin elle rencontre son double, en masculin", souligne la journaliste.

Il y a parfois une histoire peu connue derrière un hit, comme "Joe le taxi" de Vanessa Paradis (1987). "Joe", c'est Maria-José Leao Dos Santos, organisatrice de soirées lesbiennes. Dans les années 1980, elle fut aussi chauffeuse de taxi pour "Le Privé", club des Champs-Élysées. Entre deux courses, elle danse au milieu des clients et quand on a besoin d'elle, on l'appelle au micro: +Joe. Joe le taxi+. Parmi les habitués du lieu, il y a Etienne Roda-Gil, auteur des paroles de la chanson, comme le révéla le Nouvel Obs. 

- "Monocle et col dur" -

"Les dessous lesbiens..." est aussi une plongée dans l'histoire d'une communauté longtemps obligée d'avancer masquée.

Sont ainsi listés les signes de reconnaissance au fil des époques: "Monocle et col dur" comme dans la chanson de Juliette (1993), couleur mauve (mélange de bleu et rose, évoquant la confusion des genres), bracelet à la cheville gauche, etc. De même que les lieux-refuges, avec un appendice sur les cabarets, notamment, comme "Le Monocle" tenu par Lulu de Montparnasse dans les années 1930.

Sans oublier les pionnières comme Damia, chanteuse de "La chaîne" (1919), qui à l'époque est la seule à parler de ses aventures féminines dans la presse, comme l'exposent les autrices. Impossible, évidemment, d'être exhaustives. "On a manqué +Rupture au miroir+ (composée par Serge Gainsbourg et interprétée par Isabelle Adjani-Jane Birkin pour un show télé) souffle Pauline Paris. Mais il y a une page Facebook dédiée au livre, si des personnes qui l'ont lu ont d'autres idées, elles peuvent envoyer un lien". 

Pour un tome 2 ? "Les dessus lesbiens de la chanson ? Pourquoi pas", rigole la chanteuse.