Après avoir mobilisé les « gilets jaunes » dans la rue en novembre dernier, la taxe carbone avait presque disparu des écrans radar. Elle vient de faire son entrée dans le grand débat, poussée par plusieurs prises de position au sein du gouvernement.

C'est Brune Poirson, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique, qui s'est avancée la première sur ce terrain sensible. Interviewée dimanche sur France 2, l'élue du Vaucluse a estimé que le retour de la taxe carbone faisait « partie des discussions », louant un « outil efficace en faveur de la transition énergétique ». Sous la pression des « gilets jaunes », le gouvernement a suspendu en décembre la trajectoire de hausse de la « contribution climat énergie ». Sans ce recul, les taxes sur les carburants auraient augmenté, sur les années 2019 à 2022, de 11,42 centimes par litre pour l'essence et de 22,59 centimes par litre pour le diesel. Ce qui se serait traduit par une augmentation des recettes de 10,5 milliards d'euros sur quatre ans.

Jusqu'à présent, rares étaient les ministres à s'être saisis du sujet. « C'est un carburant plus dangereux que la réforme de la fonction publique », souligne un membre du gouvernement. A Bercy, certains considèrent qu'« il faudra du temps » avant de pouvoir reprendre cette trajectoire carbone.

Fléchage de la taxe

Les partisans d'une reprise de cette taxation s'appuient sur une pétition contre l'Etat pour inaction climatique, signée par 2 millions de personnes. L'intervention de Brune Poirson a été suivie de celle du ministre de la Transition écologique, François de Rugy. La taxe carbone « a un vrai impact, y compris en France » sur les émissions de gaz à effet de serre, a-t-il souligné mardi sur Europe 1. Selon lui, un retour de cette fiscalité « est sur la table ». « C'est le moment ou jamais d'en débattre », a-t-il estimé. « Si on dit que l'argent va à la transition écologique, à ceux qui en ont le plus besoin, nous pourrions reprendre une trajectoire, peut-être plus modérée », a-t-il suggéré.

Le fléchage de la taxe carbone est perçu comme une condition de son acceptabilité. « La taxe carbone est possible si elle est acceptée par tous, et elle peut être acceptée par tous si elle est uniquement consacrée à la transition écologique », a avancé de son côté la secrétaire d'Etat Emmanuelle Wargon. Des propositions pourraient émerger du côté de La République En marche, dont le président Stanislas Guerini promet une contribution « ambitieuse » au grand débat.

Sur le quinquennat, la montée en puissance de la contribution climat énergie, couplée à la convergence entre le diesel et l'essence, devait alimenter le budget de l'Etat à hauteur de 14 milliards d'euros. Que cette trajectoire soit interrompue ou que les recettes soient fléchées vers la transition énergétique, le gouvernement devra trouver des recettes équivalentes, ailleurs, pour maintenir son objectif de réduction du déficit public.