La croissance a nettement ralenti l'an passé et, mécaniquement, les créations d'emplois ont suivi le même chemin. Le secteur privé n'a créé en France que 106.100 nouveaux emplois en 2018, contre 328.200 l'année précédente, selon l'Insee. Chaque trimestre, le nombre de créations d'emplois a décéléré, accusant même sa plus mauvaise performance sur les trois derniers mois de l'année depuis début 2015. Ce sont les intérimaires qui ont le plus pâti de ce coup de frein, puisque 29.000 emplois dans l'intérim ont été détruits l'an passé. Ces salariés sont en effet les premiers touchés dès que l'activité économique ralentit. Leurs contrats étant temporaires, ils constituent la première variable d'ajustement dans la masse salariale. Par ailleurs, avec la baisse du nombre de contrats aidés, l'emploi dans le domaine non marchand a tendance à reculer.

Tous les secteurs sont concernés par ce ralentissement : l'industrie a détruit des emplois en 2018 alors que les services et la construction en ont créé nettement moins. « Les effets des politiques d'enrichissement de la croissance en emplois, comme par exemple le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) et le pacte de responsabilité, sont de plus en plus faibles avec le temps », explique Eric Heyer, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Sans compter qu'en 2017, une partie des fortes créations d'emplois provenait de la prime à l'embauche pour les PME, dispositif qui a pris fin à la mi-2017 », rappelle-t-il.

Une petite reprise prévue en 2019

A quoi faut-il s'attendre cette année ? Il n'est pas certain que l'année 2019 soit bien meilleure, que 2018, puisque la Commission européenne table désormais sur une progression de seulement 1,3 % du PIB en 2019, contre 1,5 % en 2018. Mais l'Insee prévoit tout de même une petite reprise,avec 71.000 créations d'emplois dans le secteur privé au cours du premier semestre de cette année. Les difficultés de recrutement rencontrées par les entreprises françaises, pourtant élevées, n'auraient donc pas un effet très important sur le rythme des embauches, d'autant que, dans le même temps, les salaires ne semblent pas accélérer très fort. Les hausses de salaires, de 1,6 % en moyenne sur 2018, sont à un niveau semblable à celui de 2014, année pourtant peu dynamique en termes de créations d'emplois.

Il n'en reste pas moins que les économistes ne tablent pas sur une baisse importante du chômage. Ces derniers estiment à environ 1,2 % la croissance potentielle de l'économie française, c'est-à-dire la progression du PIB à long terme sans provoquer de tensions sur les prix et les salaires. Ce rythme correspond peu ou prou à celui qu'il faut atteindre pour stabiliser le chômage, toute performance supérieure permettant de le faire baisser. Or, c'est à peu près celui auquel devrait croître l'économie française. Il est donc probable que le chômage recule très peu en 2019. La Banque de France, qui anticipait début décembre une croissance du PIB de 1,5 % cette année, tablait sur une baisse du chômage de 0,2 point, à 8,9 % de la population active d'ici à la fin 2019. Avec une telle performance, l'objectif affiché par Emmanuel Macron au début de son quinquennat de ramener ce taux à 7 % en 2022 paraîtrait très compliqué à atteindre. Même si le ralentissement attendu de la croissance de la population active et l'entrée en formation de nombreux chômeurs avec son plan de 15 milliards pourraient l'aider dans cette voie.