"Appelez-moi Océan": le 17 mai 2018, journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie, l'artiste, qui a percé sur scène en 2009 avec son spectacle "La lesbienne invisible", annonce dans une vidéo qu'il faut désormais le "genrer" au masculin.

C'est l'une des séquences de la web-série éponyme "Océan" - diffusée depuis début mai sur Slash, le media numérique de France Télévisions - qui retrace en dix courts épisodes le changement de genre du comédien.

Cet autoportrait immersif et rare nous plonge dans l'intimité de son quotidien sur un ton parfois grave, le plus souvent drôle et touchant. 

"Il faut des récits positifs. Vu mon âge (42 ans, ndlr) et mes privilèges, je savais que ça se passerait bien, que ce serait un épanouissement", explique Océan à l'AFP, rappelant que "chaque transition est différente".

On l'aperçoit expliquer qu'il est "épuisé d'être une femme", recevoir ses premières piqûres d'hormones, s'inquiéter de sa mue chez le phoniatre, apprendre à se raser, se muscler, se faire opérer du torse. 

Le réalisateur assume cette place importante accordée à la transformation du corps, parfois décriée par la communauté transgenre. "C'est filmé de l'intérieur, il n'y a pas cette exotisation qu'on retrouve dans les documentaires réalisés sur le sujet par des personnes cisgenres" (dont l'identité correspond au genre assigné à la naissance, l'immense majorité des cas), justifie-t-il.

Proches parfois désorientés mais toujours à l'écoute, médecins "trans-friendly", soutien médiatique: le périple transidentitaire d'Océan connaît peu d'accrocs, avec un changement d'état-civil comme "happy-end".

Un parcours à rebours de ce que peuvent subir les personnes trans dans leur quotidien, fait de rejet, de discriminations et d'agressions verbales et physiques. "Sur la pyramide des privilèges des personnes trans, je suis au sommet. Je voulais m'en servir pour donner de la force aux autres", dit-il.

- "porte d'entrée" -

Ses deux histoires d'amour, qu'il expose aussi dans la série, en témoignent. "J'avais peur, comme beaucoup d'autres personnes avant leur transition, de subir une transphobie sexuelle. Donc c'était important de les filmer, pour dire +regarder ça va aller, on peut être heureux+", explique-t-il.

"Avec +La Lesbienne invisible+, c'était la même chose, je voulais montrer qu'on pouvait être lesbienne et bien dans sa peau", dit-il.

Depuis, plusieurs personnes l'ont contacté pour lui dire que "le film leur a fait un bien fou", certains lui "demandent des conseils", d'autres "ont même pu faire leur coming out" à leur famille.

Car le documentaire, où apparaît à plusieurs reprises la mère d'Océan, s'adresse aussi aux parents.

Hostile à la transition de "sa fille", dont elle dit devoir "faire le deuil", elle ne rompt jamais le dialogue lors de leurs échanges parfois houleux face à la caméra, mais toujours empreints d'affection.

"On sent qu'elle m'aime, qu'elle ne me lâche pas et en même temps elle me dit des horreurs", raconte le comédien. "Je voulais la filmer car je savais qu'elle serait une porte d'entrée pour beaucoup de gens qui ne connaissent rien à la transidentité, qui ont une réticence".

Il souhaitait obtenir une séquence dans laquelle elle finit par l'appeler Océan, mais "le tournage s'est arrêté juste avant qu'elle passe ce cap", aujourd'hui franchi. "Il y avait un but pédagogique. Je voulais que les gens, en s'identifiant à ma mère, puissent évoluer avec elle", explique-t-il.

Aujourd'hui, Océan, qui se définit comme un "homme trans", est perçu dans la rue comme une personne "cisgenre".

"Quand je me retrouve avec des mecs qui alignent les blagues sexistes et me font des tapes complices dans le dos, ça me met hyper mal à l'aise. Avant j'essayais de ne pas voir ces micro-agressions, pour ne pas en souffrir, en tant que femme, mais maintenant que j'y suis associé, ça me révolte et me pousse plus que jamais à les combattre", analyse-t-il. 

Sa soeur Aurélia, qui craignait de le voir "passer à l'ennemi", peut être rassurée.