Quel avenir pour le projet de CDI de la principale fédération patronale des cafés, hôtels et restaurants, l'Umih, dévoilé mardi par « Les Echos » ? Nombre de paramètres restant inconnus, le CDI-mobilités soulève bien des interrogations, quand ce n'est pas un rejet, auprès des organisations syndicales, sans que l'on ne sache très bien ce que leurs pendants patronaux veulent en faire.

Pour contrer les limites et risques du recours à l'autoentrepreneur et aux CDD d'usage, mais aussi pour échapper au bonus-malus que le chef de l'Etat veut instaurer sur les contrats courts, l'Umih milite pour qu'une plate-forme Internet emploie les travailleurs et serve d'intermédiaire vis-à-vis des employeurs. En plus de toutes les contributions légales, ces derniers abonderaient le compte personnel de formation du travailleur, et un nouveau compte de sécurisation, pour prendre le relais d'une partie des allocations-chômage en cas de baisse d'activité.

« Un CDI, c'est toujours mieux qu'un contrat précaire, mais il faut connaître à quelles conditions de salaire ou d'indemnisation durant les intercontrats », réagit Denis Gravouil pour la CGT en faisant le parallèle avec le CDI intérimaire propre au travail temporaire. Plus critique, Marylise Léon pour la CFDT soupçonne « un coup de com ». « Pourquoi maintenant en pleine négociation sur l'assurance-chômage ? Les branches professionnelles avaient jusqu'au 31 décembre pour discuter du sujet », rappelle-t-elle.

Le principe de « solidarité interprofessionnelle »

Sur le fond, la première confédération syndicale estime que le régime d'assurance-chômage repose sur un principe de « solidarité interprofessionnelle ». Une approche spécifique à ce secteur n'est donc pas la bonne, selon elle, le problème des contrats courts en concernant bien d'autres, comme le médico-social ou les sondages par exemple.

« Comment inclure le corporatisme dans l'intérêt général ? L'Umih accepte de payer plus pour ses travailleurs mais en gardant la maîtrise de ces dépenses », observe Jean-François Foucard pour la CFE-CGC. Le risque, poursuit-il, c'est d'ouvrir la boîte de Pandore. En clair, que ce salariat à la mode plate-forme Internet se répande aux salariés déjà en CDI. « Cela revient à généraliser le portage salarial. Avec un tel système, toute la formation professionnelle se ferait hors temps de travail », craint-il. Michel Beaugas pour FO est sur la même ligne. « Le CDI-mobilités risque d'enfermer les travailleurs dans la précarité puisque la branche paie le droit d'embaucher des précaires, estime-t-il. Autant faire le bonus-malus. »

Tout cela devrait animer les échanges lors de la prochaine séance de négociation sur l'assurance-chômage, le 14 février, et de celle du 20, censée être la dernière. Mais, selon nos informations, les leaders des cinq confédérations syndicales et des trois organisations patronales sont enclins à jouer la montre. Et pas qu'un peu, puisqu'ils envisagent de négocier jusqu'aux... élections européennes de la fin mai !

Pessimistes sur la probabilité de trouver un accord, ils ne souhaiteraient pas que la tournure de la négociation serve d'argument durant la campagne électorale à ceux qui critiquent les corps intermédiaires.

Le gouvernement ne verrait pas non plus un report d'un mauvais oeil. S'il doit reprendre la main, alors il lui faudra assumer l'objectif d'une baisse de 1 à 1,3 milliard d'euros par an des droits des chômeurs inscrits dans la lettre de cadrage. Celle-ci reste valable, a déclaré Edouard Philippe à l'Assemblée.