Après plusieurs sommations, des policiers en tenue anti-émeute ont repoussé à l'aide de gaz lacrymogène et de boucliers environ un millier de personnes, en majorité des femmes, qui s'étaient rassemblées pour défiler sur l'avenue Istiklal, l'une des artères les plus fréquentées d'Istanbul.

"Nous ne nous tairons pas, nous n'avons pas peur, nous n'obéirons pas", ont scandé les manifestants, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "contre les violences faites aux femmes", "nous défendons la vie" ou encore "unies, les femmes sont fortes".

Après un face-à-face tendu avec la police qui a duré plus d'une heure et demie, les protestataires ont scandé leurs slogans dans des ruelles avant de se disperser.

La police a également empêché un autre rassemblement non autorisé à Istanbul, sur la rive asiatique de la ville. Les autorités n'autorisent les rassemblements qu'au compte-gouttes depuis de grandes manifestations antigouvernementales en 2013.

"Etre femme en Turquie, c'est subir des violences de la part des hommes dans tous les domaines de la vie, que ce soit au travail ou à la maison", déclare à l'AFP Yasemin Esmer, venue défiler.

"Nous sommes ici pour crier notre sentiment de révolte, nous disons que nous sommes fortes en étant unies", témoigne une étudiante, expliquant être venue pour "défendre notre vie et notre façon de vivre".

Les violences envers les femmes sont un sujet récurrent en Turquie, avec plusieurs centaines de féminicides chaque année. La plateforme Stop aux féminicides en a recensé 409 en 2017, contre 328 l'année précédente.

Même si le président Recep Tayyip Erdogan condamne régulièrement les violences envers les femmes, des associations accusent le gouvernement islamo-conservateur de ne pas prendre suffisamment de mesures, voire d'entretenir un climat d'impunité.

La présidence turque a lancé cette semaine une campagne de sensibilisation avec un slogan élémentaire : "La violence conjugale n'a ni excuse, ni pardon".