Un sondage de bpifrance l'a montré récemment : les trois quarts des patrons de PME considèrent le fait de recruter comme stressant. Habitués à mettre une petite annonce, à faire appel à leur carnet d'adresses, voire à appeler une agence d'intérim en cas d'urgence, ils voient arriver de nouvelles offres de service par des start-up aux parcours fulgurants. Gojob vient de lever 17 millions d'euros. En automatisant les relevés d'heures, de déclarations préalables à l'embauche, la facturation, mais aussi le recrutement, la start-up affiche un prix simple : elle prélève 10 % sur les contrats signés sur sa plate-forme. Tout se fait en ligne, contrat d'intérim, convention de portage salarial, contrat de travail ou contrat de prestation.

Un logiciel pour vérifier l'identité des candidats

La start-up Qapa, née sur le créneau de l'algorithme ressources humaines de « matching » entre des demandeurs d'emploi et des entreprises à la recherche de professionnels non-cadres, a levé 11 millions d'euros il y a un an. Elle a effectué un revirement total, devenant 100 % agence digitale. Stéphanie Delestre, la fondatrice, a fait toute la démarche réglementaire pour obtenir le statut d'agence, notamment le dépôt de garantie financière. Elle a aussi acheté un logiciel « ID Cheking » pour vérifier l'identité des candidats. La société emploie aujourd'hui entre 1.000 à 2.000 intérimaires par mois. « Ce métier incroyablement humain évolue à grande vitesse. Aujourd'hui, nous recrutons la moitié de nos intérimaires sur les réseaux sociaux. Il y a trois ans, cela ne marchait pas du tout. Les non-cadres ne sont pas sur Linkedin mais sur Facebook ou Instagram », explique-t-elle. La page Facebook de Qapa, « OnlyJob France », est déclinée en plusieurs groupes géographiques.

Cette mutation se fait relativement tranquillement car le secteur est en pleine euphorie. Le chiffre d'affaires a bondi de 14,5 % en 2017. « Le travail temporaire est gagné par la révolution numérique. Si les premiers services sont apparus en 2015, le mouvement a véritablement commencé en 2016-2017 », explique une analyse que vient de publier le cabinet Xerfi. L'étude décrit une quinzaine de start-up et plusieurs acteurs traditionnels qui ont lancé leurs services. Adecco a créé Mon agence en ligne, Manpower a fait My Manpower. Mais il s'agit plutôt de digitaliser le processus, pas d'un travail entièrement en ligne. D'autres ont développé des platesformes autonomes, numérisées sans liens avec l'activité d'agences physiques. C'est le cas d'Alphyr avec MisterTemp'et de Randstad qui a créé Randstad Direct pour viser les TPE-PME. Un segment qui, traditionnellement, a peu recours à l'intérim, jugé parfois trop cher.

Outil de planification

Kaelig Sadaune, patron de Randstadt Direct, a la conviction qu'il faut être à la fois « tech et touch », car les métiers du recrutement sont d'abord humains. En 2017, Randstadt direct a aidé 500 PME, dont 80 % de moins de 10 salariés, à recruter 2.000 personnes. Dernière initiative du groupe, Youplan, un outil de planification qui donne aux chefs d' entreprises accès à des équipes de salariés intérimaires dont la qualification correspond à leurs besoins sur la plage horaire qui les intéresse. Enfin, Actual a fait une autre démarche exploratoire en prenant 40 % du capital d'Onvabosser. Cette plate-forme qui a le statut d'agence de travail temporaire a choisi un créneau étonnant : remplacer l'entretien d'embauche par un test opérationnel et rémunéré en entreprise ! 80 % des tests se transforment en CDI ou CDD.

Leader régional, Adequat relativise la menace des « nouveaux concurrents ». « Il y a beaucoup d'effets de communication mais ils ne sont pas de nature différente », tempère Philippe Guichard, président du directoire. « Le métier est déjà dématérialisé et tout le monde utilise des algorithmes pour rechercher les meilleurs candidats », affirme le patron de la société lyonnaise, qui frôle le milliard d'euros de chiffre d'affaires. l'automatisation lui coûte plusieurs millions par an et participe à la croissance de l'entreprise. Mais pour lui, ce n'est pas un hologramme qu'on envoie chez le client. « Il faut mesurer ce que ça implique de déléguer quelqu'un qu'on n'a jamais rencontré », explique-t-il. Adequat compte bien continuer en mode traditionnel, techno en back-office, mais humain au guichet de ses 250 agences.

Pour les experts de Xerfi, la plupart des membres du top 20 n'ont « absolument pas » l'intention de court-circuiter leur réseau physique. Ils estiment que la digitalisation peut améliorer leur offre et permettre de conquérir de nouveaux clients comme les PME. JCH et LD.