Pour cent briques, t'as plus rien ? Il aura suffi d'une expression assez ambiguë d'Emmanuel Macron dans son interview à la presse quotidienne régionale la semaine dernière - « inventer un deuxième temps de la relance » - pour rouvrir le débat sur la nécessité d'ajouter un autre volet au plan de relance de 100 milliards d'euros dévoilé en septembre par l'exécutif. Aussi bien dans la majorité qu'au Medef, les idées commencent déjà à affluer, mettant sous pression un Bercy pas forcément très allant au départ.

De fait, cette affaire semble marquer un léger décalage entre l'Elysée et Bercy. Autour d'Emmanuel Macron, on serait « plus sensible à la nécessité de doper la croissance potentielle pour rendre la dette soutenable, tandis que le programme de stabilité envoyé à Bruxelles montre que le ministère de l'Economie compte bien plus sur un fort frein imposé à la dépense publique pour y parvenir », estime un proche du dossier. Ceci expliquerait que l'Elysée soit plus ouvert à la perspective d'un deuxième plan de relance. A Bercy, on nie être sur une longueur d'onde différente. « Emmanuel Macron et Bruno Le Maire se voient régulièrement, leur accord est complet », souligne un proche du ministre de l'Economie. Celui-ci avait déjà fait valoir depuis plusieurs mois que des fonds du plan de relance pourraient être réalloués en fonction des besoins. Jusqu'à présent il évoquait un bilan à dresser en fin d'année, mais lundi, après l'intervention d'Emmanuel Macron, l'échéance a été avancée à septembre.

« L'évaluation va être menée comme il était prévu. Dans l'interview du président de la République, il n'est pas fait mention d'argent supplémentaire pour le moment », souligne-t-on à Bercy. Auditionné au Sénat mercredi, Emmanuel Moulin, le directeur du Trésor, a posé « deux conditions avant de décider s'il faut plus d'argent » pour la relance, à savoir la réaction de l'économie après le déconfinement et les effets de la vaccination. Pour l'heure, aussi bien l'Elysée que Bercy veulent surtout accélérer le décaissement des 100 milliards d'euros déjà décidés. Un premier bilan dans les territoires doit être présenté ce jeudi matin par l'exécutif. Visiblement, certains défauts doivent déjà être corrigés.

« Globalement, nous constatons que le bilan est plutôt positif pour les mesures sur l'industrie, tandis que celles sur la rénovation des bâtiments commencent à décoller après quelques difficultés. En revanche, pour les dépenses d'infrastructures, ça n'avance pas très vite », explique aux « Echos » Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef. Sur le terrain, Bénédicte Peyrol, la députée LREM de l'Allier, constate que « certaines candidatures pour des appels à projets, aussi bien pour des mairies avec le 'fonds friche' par exemple, que pour les entreprises, ont pris du retard, faute de réponse de l'administration ».

Mais il sera difficile de ne pas rapidement discuter d'éventuels ajouts au plan de relance, puisque les idées ne manquent pas. « Un deuxième volet du plan de relance, ça peut se révéler souhaitable. Par exemple pour l'avenir d'EDF, on pourrait réfléchir à des investissements dans le nucléaire », estime Roland Lescure, président LREM de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée. Bénédicte Peyrol explique qu'au-delà du plan de relance prévu jusqu'en 2022, « un plan d'investissements pourrait être nécessaire ». Avec ses collègues LREM Pascal Canfin et Laurent Saint-Martin, elle avait proposé il y a quelques semaines que la France s'engage sur 70 milliards d'euros d'emprunts pour sécuriser les investissements nécessaires à la transition écologique jusqu'en 2028.

Effort d'innovation

Au Medef, on plaide « moins pour un deuxième plan de relance que pour un plan de transformation ». « Des secteurs très longtemps fermés vont avoir besoin d'investissements lourds, aussi bien le tourisme, l'évènementiel que le commerce qui doit s'adapter à la vague de l'e-commerce renforcée par la crise », souligne Geoffroy Roux de Bézieux. Le président du Medef souligne également que « la loi Climat a ajouté des nouvelles contraintes aux entreprises, qu'il faudra peut-être aider avec un accompagnement financier ». Au-delà, les économistes plaident également pour que l'exécutif muscle les efforts pour l'innovation. « Un soutien annuel complémentaire de 1 point de PIB au secteur de la recherche permettrait à la France de se rapprocher de son engagement de dépense de R&D de 3 % du PIB », notait l'OFCE dans un rapport récent.