Les accros au commerce en ligne vont pouvoir se réjouir : La Poste leur proposera dans les mois à venir un abonnement illimité pour la livraison de colis. Expérimentée dans la discrétion durant quelques mois, cette formule, baptisée « Colissimo Pass », est en phase de rodage. Elle est proposée depuis quelques semaines sur le site en ligne du groupe au « prix découverte » de 9 euros par an (au lieu de 39 euros). Une campagne de lancement en bonne et due forme devrait suivre dans les semaines à venir.

Le passe inclut, pour tous les achats réalisés sur les sites partenaires, la gratuité de toutes les livraisons effectuées en Colissimo (sans minimum de prix), ainsi que la gratuité des retours. La Poste annonce également fournir à ses abonnés un service client « premium », accessible 7 jours sur 7, de 8 heures à 22 heures.

Celui-ci assurera l'interface avec tous les e-commerçants partenaires. Le consommateur aura donc un point d'entrée unique pour ses réclamations ou ses demandes de renseignements pour les livraisons. La liste de ses commandes en cours sera également centralisée sur le compte Colissimo Pass.

Pour les clients, la formule sera d'autant plus alléchante que le nombre de sites partenaires sera élevé. Ils sont onze aujourd'hui, mais parmi eux, aucune des marques phares du commerce en ligne, à l'exception du libraire Chapitre.com.

Convaincre les poids lourds du secteur

Le succès de la formule dépendra donc de la capacité de La Poste à enrôler un maximum d'e-commerçants, et surtout des têtes d'affiche dans la mode ou les loisirs par exemple. L'entreprise publique se garde de faire des commentaires à ce stade, mais elle viserait pour son « centre commercial virtuel » 30 marchands en ligne à l'été, et 50 pour Noël.

Pour convaincre, elle fait sans doute miroiter une hausse du chiffre d'affaires : « Les frais de livraison constituent la moitié des causes d'abandon de panier », pointe un expert du secteur. La gratuité de la livraison devrait donc faire bondir l'activité du partenaire. Reste à savoir quelle est la participation financière que leur demande La Poste : à 39 euros par an (et encore moins à 9 euros par an), ce n'est certainement pas le client seul qui finance le service.

Avec ce service, l'entreprise publique fournit également une arme aux sites de petite et moyenne taille pour résister aux ténors du e-commerce, à commencer par le rouleau compresseur Amazon qui est aujourd'hui le premier client de La Poste, mais qui pourrait un jour être tenté de faire encore plus pression sur les prix ou de se lancer directement dans les livraisons.

Pour fidéliser ses clients, le géant américain a mis en place depuis plusieurs années Prime, sa propre formule de livraison illimitée, qui lui permet de creuser l'écart avec la concurrence. Fnac.com et Cdiscount ont répliqué avec un service identique. Le Colissimo Pass peut fournir aux e-commerçants de taille plus modeste les moyens de rivaliser.

Du côté de La Poste, l'objectif est double : augmenter le nombre de livraisons en Colissimo, bien sûr, mais aussi contribuer à ce que le commerce en ligne ne finisse pas par se restreindre à une poignée de sites. « Ce qui est en train d'émerger, c'est un « oligopsone », lorsqu'un marché est dominé par un petit nombre de donneurs d'ordre », expliquait il y a un an le PDG du groupe public Philippe Wahl aux « Echos ». Une concentration des volumes qui met les opérateurs logistiques, comme La Poste, en position très inconfortable pour préserver leurs marges.