Bruno Le Maire est prêt, selon nos informations, à confier la gestion des pôles de compétitivité aux régions. Le ministre de l'Economie a évoqué ce projet avec onze présidents de région début janvier. Leur représentant, l'association Régions de France, et Bercy s'apprêtent à travailler sur ce transfert de compétence qui reste malgré tout encore imprécis. « C'est une idée du ministre de donner plus de responsabilités aux régions en leur confiant, par exemple, les crédits d'animation des pôles. Il s'agit de manière générale de réfléchir avec elles pour éviter les doublons avec l'Etat et être plus efficace pour les entreprises », fait-on valoir dans l'entourage du ministre de l'Economie.

Actuellement, l'Etat et les régions coopèrent sur l'animation du réseau, son financement et sur les projets développés par les pôles. Ils ont notamment travaillé étroitement sur la nouvelle labellisation de 56 pôles pour quatre ans qui a été publiée mardi.

Mais les présidents de région souhaiteraient aller plus loin et avoir directement la main sur cette politique pour compléter leur compétence du développement économique renforcée en 2016 par la reprise des prérogatives des départements. Le 18 janvier devant des patrons d'ETI, par exemple, la présidente de l'Ile-de-France, Valérie Pécresse, expliquait vouloir récupérer la gestion des pôles franciliens.

Gouvernance partagée

Les présidents posent pour condition de récupérer le budget de l'Etat qui finance les projets, le Fonds unique interministériel (FUI). Ainsi que la dotation pour aider le fonctionnement des associations animant les pôles. Or, ces deux enveloppes sont en diminution progressive. La dotation de fonctionnement de l'Etat de 18 millions en 2019 va baisser de moitié d'ici à 2022. Le FUI est passé de 200 à 50 millions d'euros l'an dernier et les pôles se plaignent d'un retard des crédits de paiement.

Un autre obstacle de taille se dresse devant cette régionalisation : les principaux intéressés y sont opposés. L'Association française des pôles de compétitivité (AFPC) explique que la participation de l'Etat est capitale pour la gouvernance des pôles.

« La force de ces pôles repose sur une gouvernance partagée entre l'Etat, les régions et des centaines d'entreprises. Régionaliser l'innovation multisectorielle n'a aucun sens », prévient Jean-Luc Beylat, le président de l'AFPC. Il cite l'exemple des pôles aéronautiques de Toulouse et d'Ile-de-France.

Pour lui, ce projet est d'autant plus incompréhensible que la nouvelle phase de labellisation lancée mardi a permis de poser de nouvelles règles claires. D'autant que l'association questionne la pertinence de la concentration des pouvoirs économiques dans les mains des exécutifs régionaux. « Le développement économique est une compétence de proximité, les départements connaissaient mieux les entreprises. »