Alors que les partenaires sociaux discutent avec le gouvernement de la forme que prendra le futur système des retraites, le Conseil d'orientation des retraites publiera ce jeudi son rapport annuel sur les perspectives financières. Selon ce document qu'ont pu consulter « Les Echos », le besoin de financement des retraites en 2022 s'élèverait à 0,2 point de PIB, soit 4,5 à 5 milliards d'euros. Une somme à rapporter aux 316 milliards d'euros de ressources mobilisés pour payer les pensions en 2017.

Le diagnostic s'est légèrement dégradé depuis la dernière projection, réalisée en novembre, qui tablait sur 0,1 point de PIB de besoins de financement à court terme. Au-delà, les projections s'écartent peu, voire pas du tout de la version antérieure jusqu'à la fin de l'horizon de projection, en 2070. Pourtant, le programme de stabilité d'avril a revu à la hausse la croissance du PIB en 2018 et 2019, à respectivement 2 % (+0,3 point) et 1,9 % (+0,2 point).

Après une phase d'aggravation culminant autour de 2030 (9 à 11 milliards de besoins de financement annuels), le retour à l'équilibre du système des retraites reste prévu pour le début de la décennie 2040, et encore, à condition que la croissance de la productivité atteigne 1,5 % par an. En deçà de 1,5 %, on reste dans le rouge durablement.

Baisse de la pension moyenne relative

Pour l'exécutif, il est important que la situation ne se dégrade pas ces prochaines années. Emmanuel Macron a promis de ne pas introduire dans sa réforme des économies passant par le recul de l'âge de départ ou la baisse des pensions. Son argument : les comptes de l'assurance-vieillesse se sont redressés et le permettent. Les chiffres du COR soulignent néanmoins que des besoins de financement non négligeables persistent dans les dix ans.

Le Conseil d'orientation des retraites met également le doigt sur une question délicate : la baisse tendancielle de la pension moyenne par rapport aux revenus d'activité. Ce ratio va diminuer de 21 à 36 % d'ici à 2070. Cela « ne signifie pas un appauvrissement en termes réels des futures générations de retraités », rappelle le Conseil, car les carrières continuent à s'améliorer et conduisent à de meilleures pensions.

Mais cette évolution rompt avec les décennies passées. Elle est en germe depuis que les droits acquis ont été désindexés des salaires et alignés sur l'inflation, plus faible. La croissance modeste et le fort taux de chômage des dernières années vont peser à retardement sur le niveau des pensions. Cela ne se voyait pas dans les statistiques jusqu'à présent, car l'amélioration des carrières féminines, se traduisant par de meilleures retraites, masquait cette dégradation.