Malgré un recul historique, à la hauteur de la crise inédite que le France traverse depuis près d'un an, l'emploi salarié dans le secteur privé fait preuve d'une grande résistance. Il n'a reculé que de 1,8 % en 2020, alors que l'Insee tablait sur une baisse de 2,3 % mi-décembre. En nombre de destructions d'emplois, la comparaison est encore plus parlante : 360.500 en moins par rapport à 2019, et non pas 600.000, a indiqué vendredi matin l'Institut en publiant des chiffres encore provisoires.

« C'est effectivement une bonne surprise », reconnaît le chef du département de l'emploi et des revenus d'activité de l'Insee, Vladimir Passeron. Elle s'explique, avant tout, par la bonne tenue relative de l'activité économique au quatrième trimestre. Attendu en baisse de 4 %, le PIB n'a reculé que de 1,3 % par rapport au précédent. Secundo, le recours important à l'activité partielle se traduit par une rétention massive de la main-d'oeuvre.

Selon le ministère du Travail, 3,1 millions de salariés ont été placés dans ce régime au moins une heure en novembre, et encore 2,4 millions en décembre. Ces deux raisons expliquaient déjà la baisse surprise du nombre de personnes sans activité inscrites à Pôle emploi de fin septembre à fin décembre, même si cet indicateur ne suffit pas à lui seul à mesurer le chômage.

Au quatrième trimestre, souligne l'Insee, l'emploi salarié du secteur privé a baissé de 0,2 % - cinq fois moins qu'attendu - soit 39.600 destructions nettes de postes, sous l'effet de la crise sanitaire et du deuxième confinement. Et ce, après un très fort rebond à l'été (312.400 créations nettes au troisième trimestre). Dans le détail, l'intérim a continué à se redresser avec 37.700 emplois supplémentaires. Le retournement de tendance est spectaculaire et de bon augure pour la suite, même s'il n'efface pas la chute historique des trois premiers mois de l'année dernière.

Hors intérim, l'emploi salarié privé a baissé de 0,4 %, soit 77.300 postes de moins, au quatrième trimestre. L'industrie a perdu 17.600 emplois entre octobre et décembre et 61.700 emplois (-2 %) en un an, la plus forte baisse depuis 2010. Le tertiaire marchand, secteur employeur numéro un en France, en a perdu 83.400 sur le quatrième trimestre, et près de 290.000 sur un an. C'est son premier recul annuel depuis... 2009.

Dans la construction, l'emploi salarié privé est quasi stable au point même d'afficher des effectifs supérieurs d'un peu plus de 20.000 à ceux d'avant-crise ! Même satisfecit dans le tertiaire non-marchand avec près de 14.000 emplois de plus par rapport à fin 2019.

Redémarrer en côte

Ces chiffres, moins mauvais qu'attendu, ne peuvent pas occulter le fait qu'avec 19,4 millions de salariés en poste à la fin 2020, la France a retrouvé le niveau qu'elle avait à la mi-2018. Pour la suite, tout dépendra des conditions de sorties des différents dispositifs de soutien aux entreprises, au fur et à mesure que l'activité retrouvera, à moins d'un confinement dur, un rythme normal. « C'est comme un démarrage en côte : il faut accélérer et desserrer le frein progressivement, tout en débrayant pour avancer et ne pas caler », résume, à sa façon, Vladimir Passeron.