"L'écologie ce n'est pas ce qu'on vous raconte, les parcs à éoliennes et les taxes sur le diesel", déclarait en janvier Hervé Juvin, qui figure en cinquième position de la liste du Rassemblement national pour les élections européennes de mai.

La promotion de ce thème au RN est en partie due à cet essayiste de 63 ans, ancien conseiller de l'ex-Premier ministre centriste Raymond Barre, devenu la caution verte du parti. Il a donné une conférence jeudi à Lyon pour parler "énergie, alimentation, (et) territoires".

La présidente du RN, Marine Le Pen, et la tête de liste pour les européennes, Jordan Bardella, y ont assisté, après avoir visité dans la même ville un salon de "la transition énergétique des bâtiments et des territoires".

L'écologie n'a jamais été un thème dominant au FN, devenu RN. Son président pendant 40 ans, Jean-Marie Le Pen, "ne voulait pas en entendre parler. Pour lui c'était une préoccupation de bobos", rappelle Stéphane François, chercheur associé au Groupe Société Religion Laïcité (CNRS, EPHE, PSL).

Pour Hervé Juvin, pour qui la souveraineté est au centre des enjeux, "l'écologie ça commence par la fin de l'individu hors sol" et "par ces hommes et ces femmes que nous sommes, bien sur nos territoires".

- "Chacun chez soi" -

"On ne répondra aux problèmes écologiques actuels qu'avec des Etats en pleine possession de leur territoire, qui contrôlent l'économie et leurs frontières". Car "si on a 300 millions d'habitants en France, on détruit nos écosystèmes et on fait disparaître la diversité des cultures", liée "à l'adaptation aux conditions naturelles", soutient-il.

L'écologie à l'extrême droite, apparue dans des groupes ultraradicaux dans les années 70, "s'inscrit dans un discours très identitaire", selon Stéphane Francois.

Elle était défendue dans les années 90 par la Nouvelle Droite incarnée par l'essayiste Alain de Benoist, dans la revue duquel M. Juvin écrit régulièrement.

C'est une écologie "qui se base sur l'ethnodifférentialisme". "Le discours ne se veut pas raciste et accepte les différences, les identités régionales. Mais c'est +chacun chez soi+, c'est-à-dire des sociétés monoculturelles ou monoethniques", explique le chercheur.

D'ailleurs pour Hervé Juvin, "le multiculturalisme ne marche nulle part". "Les sociétés multiculturelles sont les plus criminelles", ajoute Marine Le Pen, en citant le Brésil.

L'écologie faisait aussi partie du discours de Bruno Mégret, qui a fait sécession du FN en 1998, et dont certains ex-partisans sont revenus au RN à des postes clés. L'ancien dissident défendait "une écologie des populations, vues comme des espèces animales sur des territoires donnés", décrypte M. François.

Au FN, "le seul à avoir eu un discours localiste et écologiste, c'est Laurent Ozon", issu du courant identitaire, qui a démissionné du parti en 2011.

- Écologie "enracinée" -

En plein mouvement des "gilets jaunes", le vice-président du RN Steeve Briois (ex-mégrétiste) écrivait en novembre qu'Emmanuel Macron devait "arrêter de se servir du sujet sérieux qu'est l'écologie pour justifier (son) matraquage fiscal".

A l'écologie jugée "punitive" des taxes, défendues par les écologistes d'EELV, le RN prône une écologie "enracinée", au nom de la cohérence d'un projet qui "défend l'idée de limite", fait valoir le directeur de la communication du RN pour les européennes, Philippe Vardon, ancien responsable du Bloc identitaire.

"Tourner le dos au libre-échange, faire du localisme", favoriser les "circuits courts", plaide Marine Le Pen. "C'est le retour de la production de proximité. L'écologie, ce n'est pas produire en Chine à des milliers de kilomètres, consommer en France et retraiter les déchets dans des pays africains qui sont trop pauvres pour dire non", a-t-elle développé à Lyon. Son entourage espère ainsi attirer des électeurs "sensés qui trouveront ce projet cohérent".

Ce n'est pas vraiment le changement climatique qui a remis l'écologie au goût du jour au RN. Hervé Juvin ne le nie pas mais "ce n'est pas le seul problème", pointant "la dégradation de l'ensemble du milieu naturel".