Ce n'est plus tout à fait une menace fantôme. L'empire Amazon mais d'autres cybermarchands aussi tentent d'attirer les professionnels dans leurs rets. Il y a un an tout juste, interrogé par Reuters sur la concurrence du géant de Seattle dans le commerce interentreprises, Patrick Berard, le patron de Rexel, reconnaissait que l'américain « est un acteur ». Rexel approvisionne les artisans du bâtiment et les industriels en matériel électrique, comme l'autre spécialiste français Sonepar.

Il y a quelques jours, Véronique Laury, la directrice générale de Kingfisher, annonçait, elle, le lancement en France de l'activité en ligne de Screwfix, son enseigne anglaise de fourniture de matériel pour les artisans.

Concurrencer les enseignes de Saint-Gobain

Rexel développe son e-business à coups de dizaines de millions d'euros d'investissements. Mais à côté du matériel électrique, tout un pan des produits à destination des professionnels en tout genre, mais surtout du bâtiment, est en train d'être grignoté par l'e-commerce. Leader européen du bricolage, Kingfisher n'entend du coup pas miser que sur ses enseignes françaises Castorama ou Brico Dépôt qui fournissent particuliers et artisans. Avec Screwfix, qui n'aura qu'un site marchand en France, il veut défendre ses positions dans la nouvelle frontière de l'e-commerce. « Nous allons concurrencer les enseignes du groupe Saint-Gobain, comme Point P ou même, en partie, les agences Rexel », affirmait le 20 mars aux « Echos » Véronique Laury.

De son côté, Amazon a lancé son service « business » dans l'Hexagone l'année dernière. Il porte surtout sur les achats non marchands des entreprises, c'est-à-dire, pour schématiser, les fournitures de bureau, comme les cartouches d'encre pour imprimantes. Mais, selon le cybercommerçant, l'offre s'étend « à plus de 250 millions de produits ». La livraison est gratuite à partir de 25 euros. Le paiement est possible sous 30 jours et Amazon peut même gérer les factures de ses clients professionnels.

La compagnie de Jeff Bezos ne détaille pas ses chiffres. Mais les spécialistes estiment qu'Amazon réalise environ 360 millions d'euros annuels dans le bricolage. Les mêmes évaluent à 500 millions d'euros le chiffre d'affaires de ManoMano, le pure player tricolore du « do-it-yourself ». ManoMano qui décline ManoManoPro, dont le slogan est « Le site préféré de tous vos chantiers ».