La crise du Covid-19 n'a pas redistribué les cartes : la France, qui avait en 2019 décroché la palme du pays européen le plus attractif pour les investisseurs internationaux, a maintenu sa première place l'an dernier. Mais l'écart se resserre avec ses rivaux traditionnels. Avec 985 décisions d'investissements étrangers sur son territoire en 2020, elle est talonnée par le Royaume-Uni qui en affiche 975 en dépit d'une année marquée par les incertitudes autour du Brexit, selon le baromètre annuel du cabinet EY publié en exclusivité par « Les Echos ». L'Allemagne arrive en troisième position (930).

Dans les turbulences de la pandémie, les trois pays ont tous subi un recul des projets sur leur territoire. Mais la tendance a été plus accentuée en France où ils ont chuté de 18 %, contre 13 % en moyenne en Europe... et même 4 % outre-Rhin.

Le plan de relance salué

« Ne boudons pas notre plaisir, la France reste en tête du classement », tempère Marc Lhermitte, associé chez EY, sachant que 2019 avait été une année record pour l'Hexagone, qui revient de loin : en 2015, le nombre de projets (598) était près de deux fois moindre qu'au Royaume-Uni (1.065). Et cette attractivitéa permis la création de 30.550 emplois, soit davantage que chez nos voisins.

Dans un contexte de compétition exacerbée entre Etats pour attirer des capitaux, le plan de relance et ses mesures de soutien ont joué en faveur de l'Hexagone. La plupart des 200 dirigeants de groupes étrangers interrogés par EY considèrent que ses dispositifs ont été « aussi performants » voire « plus performants » - selon 44 % des sondés - que ceux des autres pays.

Sur le plan sectoriel, ce sont les activités liées à la santé, à l'économie résidentielle (ameublement, énergie, eau, déchets) et les services financiers qui ont suscité le plus d'intérêt. En revanche, les industries malmenées par la pandémie, comme l'aéronautique, l'automobile ou le tourisme, ont été délaissées. « Par ricochet, les investissements dans les services aux entreprises ont reculé. C'est dommage, car il s'agit d'activités très créatrices d'emploi, en particulier dans des villes moyennes », note Marc Lhermitte. EY ne précise pas le montant moyen des projets attirés. En ces temps chahutés, l'Hexagone a aussi eu plus de mal à récupérer des centres de R&D et a confirmé ses difficultés à attirer des sièges sociaux. « La période n'était guère propice à des réorganisations stratégiques. Par ailleurs, les réflexions sur la fiscalité ont ralenti les mouvements », explique l'associé d'EY. Le dynamisme du Royaume-Uni, lui, ne s'est pas démenti. Il demeure le premier pays d'accueil des centres de décision en Europe et se hisse quasiment au niveau de la France en nombre de projets dans la recherche.

Pas de retour à la normale avant 2022

Parmi les grands investisseurs en France, le Royaume-Uni - en raison du Brexit - et la Chine - du fait de la décision de Pékin, dès avant la pandémie, de limiter les investissements de ses entreprises à l'international - sont ceux qui ont le plus coupé dans leurs projets (de 40 %). Quant au premier d'entre eux, les Etats-Unis, ils ont réduit la voilure de 18 %.

Les dirigeants internationaux n'anticipent pas un retour à la normale avant 2022. Dans l'intervalle, la prudence prévaut. En mars et en avril, mois où l'étude a été réalisée, 44 % d'entre eux projetaient une réduction de leurs projets cette année et 14 % un report. Quant à la relocalisation des activités en France, sujet cher à Emmanuel Macron, une bonne majorité de sondés se dit prête à l'envisager, mais seuls 18 % prévoient de le faire dans les prochains mois.

Plusieurs réformes engagées par l'exécutif sont saluées : la baisse des impôts de production, la réduction de l'impôt sur les sociétés - à 25 % en 2022 - et des charges sociales. Le poids de la dette et de la dépense publique, l'éventualité d'un rebond du chômage inquiètent en revanche. Le climat social sera aussi scruté de près... « A court terme, les entreprises étrangères veulent s'assurer que la France va rester pro business et qu'elle va poursuivre ses efforts pour améliorer sa compétitivité », pointe Marc Lhermitte.

Pour le plus long terme, elles entendent porter leur attention sur la capacité du pays à être au rendez-vous des grandes transformations, technologiques et environnementales. A ce stade, l'éventualité d'un changement politique au lendemain de la présidentielle de 2022 n'apparaît pas vraiment dans leurs préoccupations.