L'année 2018 aura été marquée par les efforts du gouvernement pour permettre à la France de se positionner sur l'intelligence artificielle, notamment grâce à un plan de 1,5 milliard d'eurosdédié à son déploiement. Selon les chiffres d'une étude menée par Serena Capital, les investisseurs privés ont précédé cet engouement politique : en 2017, plus de 2,2 milliards de dollars auraient été investis dans les jeunes pousses développant des solutions IA en Europe. C'est près de trois fois plus qu'en 2016, et surtout, cela marque une rupture dans la croissance jusqu'ici linéaire des investissements dans cette technologie : les start-up avaient récolté 583 millions en 2014, 611 millions en 2015 et 774 millions en 2016. Quatre secteurs concentrent près de la moitié des fonds investis : la santé, la finance, la sécurité et la vente et le marketing. « Cela montre que l'écosystème grandit, commente Jean-Baptiste Dumont, partner chez Serena Capital. La technologie a atteint une certaine maturité, au moment où les entreprises arrivent elles aussi à maturité dans leur digitalisation. »

Un terreau fertile pour des start-up qui se développent pour la plupart sur un modèle B2B, et ont besoin de clients disposant de suffisamment de données structurées pour entraîner et déployer leurs technologies. « Les start-up françaises disposent d'un avantage de taille : le CAC 40, qui représente une concentration de grands groupes, donc de potentiels clients, bien plus importants que dans d'autres pays », estime Jean-Baptiste Dumont.

5 séries C en France

Reste qu'en Europe, c'est le Royaume-Uni qui mène la barque des investissements en IA, avec 782 millions de dollars injectés à travers 224 opérations, selon l'étude. Si la France est largement en dessous en termes de nombre de transactions (60), elle s'en sort mieux du côté des fonds levés, avec 438 millions de dollars investis dans les start-up d'IA. Un montant qui connaît en outre une très forte croissance, plus de 270 % par rapport à 2016. « L'écosystème anglais a toujours eu un peu d'avance sur les écosystèmes français et allemands, mais nous les rattrapons petit à petit », affirme Jean-Baptiste Dumont.

Pour preuve : 2017 marque l'arrivée en France de plusieurs investissements en série C dans des start-up développant des solutions d'intelligence artificielle. Elles sont cinq à avoir décroché ces tours de table dépassant les 20 millions de dollars : Actility, Dataiku,Shift Technology, Kalray et Oodrive. Jean-Baptiste Dumont espère voir, parmi ces cinq entreprises, émerger au moins un leader européen voire mondial de l'intelligence artificielle. « Il sera très difficile se s'imposer face à la Chine, qui concentre près de la moitié des 12,5 milliards de dollars investis dans l'intelligence artificielle en 2017, rappelle-t-il. Mais nous pouvons imaginer qu'un Français soit dans le Top 3 des entreprises européennes et américaines de l'IA. »

En plus des questions de souveraineté numérique que pose la localisation des entreprises récoltant des données pour faire tourner leurs algorithmes d'intelligence artificielle, le développement des entreprises d'IA représente un vrai enjeu économique. Selon l'étude, plus de 32.000 emplois ont été créés par les start-up du secteur en Europe, ce qui représente 0,8 emploi pour chaque tranche de 100.000 dollars investis. De quoi alimenter le débat sur l'impact de l'IA sur le marché du travail, qui n'est toujours pas tranché.