L'OIT, qui réunit des représentants des gouvernements, des employeurs et des employés de 187 États membres, "a décidé d'entamer le processus de négociation des normes internationales en matière de violence et de harcèlement au travail", a expliqué son directeur Guy Ryder, dans un entretien accordé à l'AFP cette semaine.

Les discussions sur ce sujet seront au cœur de la prochaine assemblée annuelle de l'OIT qui se tiendra du 28 mai au 8 juin à Genève. Les diplomates et représentants des employeurs et des employés devront décider s'ils acceptent de créer une "Convention", qui équivaut à un traité international, ou s'ils se limitent à élaborer de simples recommandations.

Cette décision serait-elle née des suites de l'affaire Harvey Weinstein, producteur américain accusé d'avoir agressé, harcelé ou violé une centaine de femmes dont des vedettes de cinéma? Non, assure le chef de l'OIT, qui précise que le processus au sein de l'organisation a été lancé en 2015.

"Nous avons lancé cela indépendamment de la campagne   et de tout le reste, mais je crois que c'est clair que l'attention de l'opinion publique, la prise de conscience que quelque chose ne va pas dans de nombreux espaces de travail, donne de la force à ce processus", a souligné le Britannique, qui est à la tête de l'OIT depuis 2012.

"La sensibilisation, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant. C'est une tâche beaucoup plus vaste que nous nous sommes fixée", a-t-il ajouté, précisant qu'un sondage de l'OIT réalisé auprès de ses États membres révèle un "fort soutien pour une Convention".

Si les négociateurs à Genève acceptent de créer un tel traité, le texte devra encore être formellement approuvé en juin 2019, lorsque l'OIT célèbrera ses 100 ans. Les États devront ensuite le ratifier pour qu'il devienne contraignant.

M. Ryder pense que "les gouvernements seront soumis à de fortes pressions pour ratifier" la Convention, grâce notamment à ce mouvement   quasi-planétaire de dénonciation des violences sexistes et sexuelles.

- 'Trop longtemps enterrées' -

Pour le directeur de l'OIT, dont l'organisation a fait des sondages dans de multiples pays, "aucun État membre ne peut dire +nous n'avons pas de problème+" de violence et de harcèlement au travail.

"Il y a, je pense, des choses qui ont trop longtemps été enterrées en raison d'hésitations, d'intimidations, de peurs. Nous avons besoin de faire émerger ces questions", déplore-t-il.

Toutes les régions et tous les pays sont touchées par ces phénomènes, selon l'OIT. Ainsi, 77% des employées en Afrique du Sud disent avoir souffert de harcèlement sexuel dans leur vie professionnelle, tandis qu'aux États-Unis, plus d'un quart des femmes disent avoir été victimes d'une forme de comportement abusif au travail, selon M. Ryder, pour qui "trop de femmes, et d'hommes je dois le reconnaître, sont soumis à un environnement de travail inacceptable".

"Donc nous ne devons pas simplement sensibiliser les gens et énoncer des valeurs. Nous devons mettre en place des mécanismes de protection très solides. C'est ce que la Convention cherchera à faire", dit-il, estimant que plusieurs "éléments absolument essentiels" doivent figurer dans le texte final, comme le principe des sanctions.

Il défend aussi la mise en place de système de protection des victimes et des dénonciateurs.

"Nous sommes très loin de là où nous devons aller", mais les mentalités ont évolué au cours de ces 100 dernières années, reconnaît-il, rappelant qu'en 1919, l'OIT avait adopté une Convention empêchant les femmes de travailler la nuit sous prétexte que c'était trop dangereux pour elles.

"Nous nous sommes débarrassés de cette approche", se félicite-t-il. "Nous sommes passés de l'instinct de protection à l'objectif d'égalité".