Il y a tout juste un an, alors que la France se confinait, l'initiative #Tech4Values voyait le jour. Portée par France Digitale - la plus grande association de start-up en Europe, forte de 1.800 membres , elle visait à mettre en avant les bonnes pratiques des jeunes pousses françaises, afin notamment de faciliter le recrutement sur un marché très tendu. La démarche prend désormais un tour encore plus concret avec la publication d'un « Guide des meilleures pratiques des champions de la tech », conçu avec le groupe de travail RespUp (contraction de responsible start-up, c'est-à-dire jeune pousse responsable).

Vingt grands succès de la French Tech apportent leur pierre à l'édifice, de Alan à OpenClassRooms en passant par OVH ou ManoMano. Chacun revient sur ses pratiques et identifie un élément différenciant - sur le plan social ou environnemental qui lui permet d'avoir un impact positif et pourrait inspirer d'autres entreprises. « Nous avons volontairement pris des sociétés de taille significative, des 'scale-up'. On aurait tendance à penser qu'il est plus facile d'être vertueux quand on est tout petit, mais ces scale-up démontrent donc qu'il est possible de combiner taille et vertu. Cela doit donc inspirer les plus petites à suivre ce chemin, et les plus grandes à reproduire et amplifier ce qui fonctionne déjà à une certaine échelle », explique Frédéric Mazzella, le fondateur de BlaBlaCar et coprésident de France Digitale.

Spécificité géographique

Pour cet infatigable promoteur de la scène tech française et européenne, qui avait lancé dès 2015 une campagne de communication sous le slogan « Reviens Léon, on innove à la maison », c'est aussi un moyen de faire valoir les spécificités des modèles nés sur le Vieux Continent - différents de ceux qui émergent aux Etats-Unis ou en Chine. « Est-ce que ce sont ces pratiques vertueuses, mises en avant dans le guide, qui ont permis le succès de ces vingt entreprises ? C'est difficile à confirmer, reconnaît Frédéric Mazzella. Mais je constate que certaines, qui sont soit en passe de le devenir sur leur secteur - Ynsect, BackMarket, EcoVadis ou BlaBlaCar par exemple - sont uniques en leur genre. Elles portent des valeurs de responsabilité et de durabilité qui sont très spécifiques. Aucune société équivalente n'a vraiment émergé dans d'autres géographies. »

Salle d'allaitement dans les locaux ou congé « 2e parent » pour les uns, mécénat de compétences, certification ISO ou réalisation d'un bilan carbone pour les autres - les mesures du guide sont un inventaire à la Prévert. Mais toutes ont un intérêt fondamental : attirer les talents, clients et investisseurs. Six des 20 entreprises interrogées considèrent que les mesures prises pour réduire leur empreinte écologique sont primordiales en ce sens. La même proportion considère que leur politique responsable envers les salariés est « la clé de la réussite ».

A l'heure où l'empreinte environnementale du numérique est souvent pointée du doigt d'un côté et les pratiques sociales des start-up parfois violemment dénoncées - notamment sur le compte Instagram @balancetastartup -, un tel contre-discours équilibre la balance.