L'union sacrée. Les frères ennemis de l'alimentaire enterrent la hache de guerre face au coronavirus. L'Association nationale des industries alimentaires (ANIA), la Coopération agricole, la FNSEA (principal syndicat agricole) et la Fédération du commerce et de la distribution « unissent leurs forces pour prendre toutes les dispositions permettant à la filière alimentaire de fonctionner de manière optimum ».

Devant la pandémie, l'agressivité des négociations commerciales qui viennent de s'achever n'est plus de mise. De la fourche à la fourchette, l'agroalimentaire français promet de nourrir la population. « Nous, acteurs responsables et unis de l'alimentation des Français, agriculteurs, éleveurs, coopératives, entreprises alimentaires et distributeurs, nous mobilisons pour continuer à fournir aux Français les produits alimentaires nécessaires, dans le contexte de crise du coronavirus qui impacte aussi notre secteur », écrivent les professionnels dans un communiqué publié mercredi.

Plus de repas à domicile

La pénurie n'est pas à l'ordre du jour. Le coronavirus vide les rayons des supermarchés mais pas leurs stocks, qui sont alimentés par les industriels. Nielsen a confirmé la poursuite des achats de précaution la semaine du 2 au 8 mars. Les ventes d'épicerie - le rayon des pâtes et du riz - ont bondi de 21 %, celles des produits de toilette et d'hygiène de 12 % et les surgelés de 9,4 %. Sur l'ensemble du périmètre des produits de consommation, la hausse s'est élevée à 5,6 %, soit 0,6 point de plus seulement que la semaine précédente.

Les consommateurs s'inquiètent mais la distribution ne panique pas. Dominique Schelcher, le patron de Système U, a déclaré sur RTL que les entrepôts de son enseigne contenaient l'équivalent de plus d'un mois de consommation de pâtes. Chez l'un des leaders du marché, on estime pouvoir tenir sans problème jusqu'en juin. Les fournisseurs assurent les livraisons. Sur RMC, Michel-Edouard Leclerc a pointé l'impact des confinements et du télétravail : les ménages concernés achètent plus car ils sortiront moins et prendront plus de repas à domicile.

Pour tenir le choc, la filière alimentaire a décrété quelques bonnes pratiques. Les promotions qui proposent de gros volumes de produits à un prix cassé seront limitées. Les distributeurs ne veulent pas pousser au crime du surstockage. L'Ania a demandé à ses adhérents de se concentrer sur la fabrication de produits de première nécessité, les 20 % qui font 80 % du volume.

Mesure d'hygiène

La priorité reste la solidité de la chaîne logistique qui relie les entrepôts aux magasins. Il ne faudrait pas manquer de chauffeurs de camions à cause des quarantaines. Fort de son statut de secteur économique prioritaire, l'industrie alimentaire compte sur l'accès aux masques pour protéger son personnel. Les mesures d'hygiène sont affichées. Monoprix indique, par exemple, que les rayonnages sont nettoyés toutes les trois heures. Les clients se demandent s'ils peuvent mettre les mains sur la barre des chariots. Il faut les rassurer. Les supermarchés sont sûrs de rester ouverts comme en Italie ou en Chine où Auchan indique que seuls une dizaine de ses près de 500 hypermarchés ont fermé leurs portes au plus fort de la crise. Les professionnels souhaitent éviter le rationnement qui alimenterait la panique.