Les organisations qui visent l'impact en premier font face à des défis particuliers pour rendre leurs solutions pérennes. La complexité dans l'innovation sociale, c'est que le bénéficiaire ne peut pas toujours être le client. Lorsqu'une entreprise à but lucratif a trouvé un moyen de créer de la valeur pour un client, elle a généralement trouvé sa source de revenus : le client paie pour la valeur créée.

Ce n'est pas toujours le cas dans le secteur « à impact ». Bien souvent, lorsqu'une  [[504513]] ou une association a trouvé un moyen de créer de la valeur pour un bénéficiaire (par exemple, lutter contre les discriminations ou sauver une espèce en voie de disparition), elle n'a pas encore identifié son modèle économique. C'est une étape distincte, tout simplement parce que le bénéficiaire n'a pas toujours les moyens de payer le coût de la solution proposée... ce qui rend la gestion d'une organisation « à impact » souvent plus compliquée, et la question du modèle économique, particulièrement complexe. Il faut considérer deux propositions de valeurs différentes - celle du bénéficiaire/utilisateur et celle du client/donateur - et gérer à la fois les opérations pour créer un impact, et celles qui permettent de financer ces activités.

Articuler modèle économique et mission

Comment aligner objectifs économiques et objectifs sociétaux ? Comment éviter le risque de « dérive de mission » (« mission drift ») en cherchant à développer un modèle économique solide censé mieux servir la mission ? Voici une typologie* avec trois grandes options pour réfléchir à cette question.

- Le modèle économique aligné : les activités économiques et les activités à impact sont les mêmes, ce sont d'ailleurs les seules et uniques activités de l'organisation. Les activités à impact génèrent des revenus, et les activités rémunératrices génèrent de l'impact. Autrement dit, plus l'organisation a de l'impact, plus elle a des revenus ; plus elle a des revenus, plus elle a de l'impact.

- Le modèle économique intégré : les activités économiques et les activités à impact ont un certain lien, même si elles ne sont pas confondues.

- Le modèle économique externe : les activités économiques financent les activités à impact. Les premières n'ont pas d'impact en tant que tel. Elles ont pour vocation de générer de l'argent pour le reverser à la mission sociale. Les activités économiques et les activités à impact sont ainsi distinctes, et les activités à impact ne génèrent pas de revenus.

Trois sources de revenus

Voici les trois grandes manières de  [[504512]] .

- Par du chiffre d'affaires : les revenus correspondent à la vente de produits ou de services à des clients, qui peuvent être publics ou privés, des individus ou des organisations. L'activité génère elle-même ses propres revenus : on parle d' [[504511]] . L'enjeu pour les organisations à impact est de trouver des activités commerciales qui servent l'impact sociétal recherché.

- Par du mécénat : le  [[504510]] correspond aux dons d'individus, de fondations, de fonds de dotation ou d'entreprises. Il a pour objectif principal de soutenir un projet d'intérêt général, c'est pourquoi il est fait à titre gratuit. En pratique, des contreparties avec une « disproportion marquée » (c'est-à-dire d'une valeur limitée à 25 % du montant du don) peuvent être effectuées au donateur.

- Par des subventions : une subvention est une aide financière allouée par un acteur public à une activité d'intérêt général (ou, dans des cas particuliers, à des entreprises pour encourager la création d'entreprises notamment). Celles-ci se raréfient, laissant place à de nouvelles natures d'intervention des pouvoirs publics : les subventions publiques ont baissé de 17 % en six ans, tandis que la  [[504509]] a augmenté dans la même période de 73 %.

* d'après la typologie proposée par Sutia Kim Alter.