Sur le long terme, le pouvoir de Bachar al-Assad affirme sa détermination à reconquérir toute la province ainsi que certains secteurs limitrophes dans le nord-ouest du pays en guerre. Ce front constitue la dernière grande bataille stratégique pour le pouvoir qui contrôle désormais plus de 70% du territoire.

Depuis décembre 2019, les forces du régime aidées de l'allié russe ont repris leur assaut contre cet ultime grand bastion des jihadistes et des rebelles en Syrie.

Malgré les avertissements de la Turquie voisine, qui a des troupes déployées dans la zone et soutient certains insurgés, les prorégime progressent, reprenant de nombreux secteurs.

"Le régime n'a ni les effectifs, ni les ressources pour reprendre tout Idleb, en une seule opération", assure Nicholas Heras, chercheur à l'Institute for the Study of War (ISW).

Il penche pour "une offensive par phases" qui nécessite surtout le soutien aérien russe.

Une stratégie déjà adoptée par le régime qui a grignoté depuis 2017 des territoires dans la région de trois millions d'habitants, située à la frontière turque.

La province avait même bénéficié de quelques mois de répit, après un accord signé à Sotchi par Ankara et Moscou en 2018 prévoyant une "zone démilitarisée" pour séparer zones prorégime de celles des jihadistes et rebelles et la réouverture de deux autoroutes traversant Idleb, reliant la métropole d'Alep à la capitale et à la province de Lattaquié.

Toutefois cette trêve a volé en éclats et le régime a repris ses opérations avec les autoroutes dans son viseur.

- "Coût élevé" -

Malgré l'avancée du régime, plus de la moitié de la province d'Idleb et des secteurs attenants dans les régions d'Alep, de Hama et de Lattaquié, restent dominés par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham, HTS, l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda.

La région compte environ 30.000 rebelles et plus de 20.000 jihadistes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) qui évoque la présence de milliers d'étrangers.

Difficile de voir le régime poursuivre son offensive au nord des deux autoroutes, juge M. Heras. Le "coût des combats" serait "bien plus élevé" que ce que Moscou ou Damas sont disposés à payer.

Et c'est sans compter avec la Turquie, qui accueille déjà plus de trois millions de réfugiés syriens et craint un nouvel afflux.

Début décembre, plus d'un demi-million de personnes ont été déplacées dans la région, selon l'ONU. La moitié des habitants d'Idleb sont déjà des Syriens déplacés ces dernières années par d'autres offensives du régime ailleurs en Syrie.

Ankara qui maintient sa frontière fermée, a sommé le régime de stopper son assaut, dépêchant des renforts dans le nord d'Idleb.

Le 3 février, des combats d'une violence inédite entre soldats syriens et turcs ont fait une vingtaine de morts, selon l'OSDH.

Pour Samuel Ramani, doctorant à l'Université d'Oxford, toute nouvelle progression du régime dépendra de la réaction des forces turques. "Assad pourrait vouloir geler le conflit temporairement. Avant de lancer une nouvelle escalade, une fois que cette crise des relations turco-syriennes sera passée".

- "A la merci d'Assad" -

L'équilibre des forces et les traditionnelles négociations entre Moscou et Ankara pourraient offrir un nouveau répit temporaire à Idleb.

"L'option la plus probable" serait une "zone tampon" où seraient confinés rebelles, jihadistes et les civils refusant de vivre sous contrôle du régime, juge M. Ramani.

Cela dépendra toutefois de la volonté de la Turquie de pousser pour un tel objectif, dit-il.

Le rédacteur en chef du quotidien Al-Watan proche du pouvoir syrien, Waddah Abd Rabbo, affirme que la reconquête se fera "par étapes, selon des accords internationaux comme celui de Sotchi". Toutefois, "il est impératif de progresser et libérer toute la province, que la Turquie le veuille ou non".

En attendant, les combattants auront la possibilité de "se rendre". Les étrangers "n'auront d'autre choix que de se rendre, d'être jugés devant la justice syrienne, ou fuir" en Turquie, assure M. Abd Rabbo.

En octobre, M. Assad avait estimé que "la bataille d'Idleb" était "le socle pour mettre fin au désordre et au terrorisme" en Syrie, dévastée par neuf ans de guerre qui a fait plus de 380.000 morts.

Pour M. Ramani, le sort des rebelles dépend "de la ligne de conduite d'Ankara". Avec le soutien turc ils pourront persévérer mais s'ils sont abandonnés, ils seront "à la merci des forces d'Assad".

Pour éviter cela, certains n'auront d'autres choix que d'accepter le rôle de "mercenaires" au service d'Ankara à l'étranger, notamment en Libye, dit M. Ramani.