Ce nouvel appel du chef d'Etat de centre-gauche, inlassable avocat du dialogue intercoréen depuis son élection en 2017, intervient aussi moins d'une semaine après que M. Kim eut menacé de montrer au monde "une nouvelle arme stratégique".

Dans ses propos devant le comité central du Parti des travailleurs de Corée, M. Kim n'avait jamais mentionné la Corée du Sud. Depuis le fiasco de son dernier sommet avec le président américain Donald Trump, à Hanoï en février, Pyongyang a multiplié les tirades contre le Sud, affirmant ne plus rien avoir à discuter avec son voisin.

Un haut responsable nord-coréen a même récemment décrit la présidence sud-coréenne comme un "chienne timide aboyant un peu plus fort".

Ce qui n'a pas empêché M. Moon de tendre à nouveau la main au Nord. "J'espère que la Corée du Sud et la Corée du Nord pourront faire des efforts ensemble afin que soient réunies les conditions pour qu'ait lieu au plus tôt la visite réciproque du président Kim Jong Un", a-t-il déclaré lors de son discours de la nouvelle année.

- "Nous formons un peuple" -

L'invitation à venir à Séoul avait été adressée à M. Kim lors du dernier sommet intercoréen, en septembre 2018, quand M. Moon s'était rendu à Pyongyang dans le contexte d'une exceptionnelle détente sur la péninsule. Une époque qui semble désormais très lointaine.

Plusieurs experts ont jugé que tendre la main à Pyongyang aujourd'hui était totalement irréaliste. 

"J'ai la volonté de rencontrer de façon répétée (M. Kim) et de dialoguer sans relâche", a poursuivi M. Moon dans son allocution télévisée d'une demi-heure.

Il a aussi avancé l'idée de consultations avec Pyongyang pour présenter aux Jeux olympiques de Tokyo cet été une seule délégation coréenne en vue d'un défilé commun lors de la cérémonie d'ouverture.

C'est derrière un drapeau coréen représentant la péninsule en bleu sur fond blanc que les deux Corées avaient défilé conjointement en 2018 lors de l'ouverture des Jeux d'hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud. Une équipe coréenne unifiée avait participé au tournoi de hockey sur glace féminin.

Après ces JO, plusieurs équipes unifiées avaient marché dans les pas des hockeyeuses, en judo, basket-ball ou handball.

L'idée d'une candidature commune à l'organisation des Jeux de 2032 avait même été avancée, et M. Moon a encore estimé mardi que cela serait "une occasion en or pour le Sud et le Nord de montrer au monde que nous formons un peuple".

- Kim n'a rien à gagner -

Mais voilà des mois que cette "diplomatie du sport" est au point mort.

En octobre, Pyongyang avait demandé la démolition d'un complexe touristique construit par une entreprise sud-coréenne dans la station du mont Kumgang, près de la frontière intercoréenne, et qui avait un temps accueilli des visiteurs sud-coréens.

Mais M. Moon a affirmé qu'il travaillerait à une reprise des voyages organisés sud-coréens au mont Kumgang, de même qu'à la réouverture du complexe industriel de Kaesong, où des entreprises sud-coréennes employaient de la main d'oeuvre du Nord.

Une relance de ces deux projets de coopération violerait cependant certaines des sanctions décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies pour contraindre le Nord à renoncer à ses programmes militaire et balistique interdits.

Pour Cheong Seong-chang, directeur du Centre pour les études nord-coréennes à l'Institut Sejong de Séoul, il est "hautement improbable" que le Nord réponde à l'initiative de Moon.

"La lecture que fait Séoul de la situation actuelle est problématique", a-t-il dit à l'AFP. "Il n'y a pour M. Kim aucun gain politique à espérer d'une visite à Séoul en ce moment, compte tenu du fait que le Nord ait presque annoncé qu'il ne discutera plus du nucléaire avec les Etats-Unis".

Pour Ahn Chan-il, un transfuge nord-coréen devenu chercheur à Séoul, l'approche de l'administration Moon s'apparente à un "amour impossible mais inconditionnel". Et Séoul a peu d'options.

"Cette façon de traiter avec le Nord, en dépit des insultes de Pyongyang, n'est pas idéale", a-t-il dit. "Mais le Sud ne peut presque rien faire tant que les sanctions de l'ONU demeurent".

La semaine dernière, M. Kim avait reconnu que la situation économique de son pays était "grave". Mais il avait réaffirmé que son pays était prêt à continuer à vivre sous les sanctions pour préserver sa capacité nucléaire.