Et si c'était enfin le fameux « retour des jours heureux », promis par Emmanuel Macron... il y a quand même presqu'un an ? Le nouveau déconfinement qui débute ce mercredi fait espérer aux acteurs économiques un rebond important à court terme pour l'économie. « J'ai confiance dans l'économie française, ça va redémarrer et ça va redémarrer fort », a vanté mardi Bruno Le Maire, lors d'une visite dans un restaurant parisien.

Visiblement revigoré par l'odeur oubliée du petit noir devant le zinc, le ministre de l'Economie a même été jusqu'à évoquer un retour de l'économie au niveau d'avant crise « peut-être au premier trimestre 2022 », soit une échéance un peu plus rapprochée que ce qu'il avançait jusqu'à présent. Même sentiment du côté du Medef, dont le président Geoffroy Roux de Bézieux déambulait mardi au Forum de Halles à Paris : « Je suis optimiste sur le court terme où l'on devrait avoir un sursaut de la consommation pendant plusieurs semaines. Pour la suite, ça dépendra de la confiance des acteurs économiques », juge-t-il.

Confiance fragile

Celle-ci est visiblement encore fragile pour les dirigeants de TPE et PME, au vu de l'enquête réalisée par leur représentant patronal, la CPME, auprès de 2.000 adhérents. Ainsi 53 % de ces derniers se disent inquiets pour la pérennité de leur entreprise, un niveau quasiment inchangé par rapport à celui constaté au début de l'année (54 % en janvier). « Les chefs d'entreprise sentent que la reprise est à portée de main et qu'elle sera dynamique. Mais il y a malgré tout beaucoup d'incertitudes liées à leur situation financière ou à des problèmes d'approvisionnement », explique François Asselin, le président de la CPME.

Certes, quelques signaux positifs commencent à émerger en ce printemps. Ainsi une part minoritaire (37 %) des dirigeants interrogés anticipent une baisse de leur chiffre d'affaires au deuxième trimestre par rapport au précédent, alors que ce taux était de 55 % au début de l'année. De quoi renforcer l'idée d'un redécollage progressif de l'économie française. Ils sont d'ailleurs 81 % des dirigeants sondés à estimer « que la reprise économique en France aura un impact significatif sur leur entreprise ».

Stigmates profonds

Pour le reste, l'année de crise sanitaire a laissé des stigmates profonds qui s'effaceront difficilement : l'endettement des entreprises s'est creusé au premier trimestre pour 32 % des dirigeants interrogés, et 42 % d'entre eux jugent nécessaire un renforcement de leur trésorerie.

Il faut aussi noter la part non négligeable de chefs d'entreprise (22 %) qui disent avoir des difficultés à payer leur loyer. Enfin, parmi les entreprises ayant eu recours aux prêts garantis par l'Etat (PGE) - près de la moitié du panel - environ 58 % ont demandé un différé de remboursement de deux ans et 10 % s'attendent à avoir besoin de huit ans pour le remboursement.

Comme si ces problèmes financiers ne suffisaient pas, il y a aussi des difficultés conjoncturelles qui ajoutent aux inquiétudes. Ainsi 59 % des entreprises se disent impactées par la hausse des prix des matières premières, et 28 % éprouvent des difficultés pour s'approvisionner en matière première. « Toute la logistique maritime est perturbée, avec un prix du container entre l'Europe et l'Asie qui a dépassé récemment les 10.000 dollars contre 2.500 dollars en 2019 », rappelle François Asselin.

Remboursement des dettes

Pour éviter que la reprise ne soit entravée par ces différents obstacles, le dirigeant patronal appelle à réfléchir à « des outils qui permettent d'étaler le remboursement des dettes sur une longue période, comme la création d'un prêt de consolidation » afin d'éviter que différentes échéances (PGE, emprunts classiques, charges sociales) s'alourdissent les unes les autres. L'idée a été proposée à Bercy. Le ministère travaille sur des solutions sur mesure pour les entreprises trop endettées, avec un premier outil pour les PME de moins de 20 salariés présenté mardi au Sénat.

Par ailleurs, alors que la crainte d'une hausse des faillites en 2022 est toujours bien présente, la CPME appelle à des mesures « qui permettent de ne pas condamner à vie un chef d'entreprise en cas de défaillance ». Parmi les pistes, le fait de ne pas l'inscrire systématiquement au fichier des incidents de paiement ou d'éviter que les cautions signées soient activées.

Au-delà, François Asselin compte sur les effets du plan de relance pour doper le moral des chefs d'entreprise. « Les 30 % déjà engagés du plan de relance ont surtout été captés par les grandes entreprises. Il faut que les 70 % irriguent les territoires et les PME. Pour ces dernières, cela reste perfectible », juge le dirigeant.