En un an, cet homme de 58 ans, qui a pris la relève le 19 avril 2018 des frères Fidel et Raul Castro, aux manettes depuis six décennies, a su imprimer un style plus moderne, même s'il manque du charisme ou de la légitimité historique de ses prédécesseurs.

- Crash aérien

Le 18 mai, un avion s'écrase au décollage de La Havane, faisant 112 morts, soit le pire accident depuis 1989. Le dirigeant se rend immédiatement sur place, coordonnant les secours et réconfortant les familles endeuillées.

C'est le signe d'une nouvelle façon de gouverner, plus proche de la population : les mois suivants, il multiplie les déplacements en province, ce qui rappelle le dynamisme du jeune Fidel Castro, malgré son caractère réservé qui fait plus penser à Raul.

"Il essaie de reprendre le style du dirigeant présent sur le terrain", explique l'expert cubain en relations internationales Arturo Lopez-Levy, du Gustavus Adolphus College au Minnesota (Etats-Unis). Ce qui l'aide à trouver "une légitimité", faute d'avoir participé à la révolution de 1959 comme les frères Castro.

Représentant d'une nouvelle génération, il reste entouré de la "vieille garde" dont Raul Castro, premier secrétaire du Parti communiste jusqu'en 2021.

- Premier tweet

Aucun président cubain ne l'avait fait avant lui : le 10 octobre 2018, Miguel Diaz-Canel ouvre son compte Twitter. Très actif sur le réseau social, il oblige les ministres à s'y mettre aussi.

La priorité de cet ingénieur en électronique de formation ? L'informatisation de la société, accélérée en décembre avec le déploiement de la 3G. Aujourd'hui, sur 11 millions d'habitants, 1,8 million se connectent depuis leur mobile à internet, jusque-là accessible essentiellement via des points wifi publics.

Cette nouvelle génération n'hésite pas à répondre aux tweets présidentiels ou interroger les ministres sur les problèmes du quotidien.

"C'est ça, le nouveau Cuba", estime le politologue Carlos Alzugaray : il "n'est pas contre-révolutionnaire", mais "veut que les choses s'améliorent" et peut désormais "le dire par internet".

- Nouvelle Constitution

C'est son premier grand chantier : la réforme de la Constitution de 1976, pour intégrer la nouvelle réalité économique de l'île, toujours socialiste mais ouverte à la propriété privée et aux investissements étrangers.

La teneur politique ne change guère. Le rôle unique du Parti communiste est réaffirmé, tout comme le caractère "irrévocable" du socialisme. Mais le mandat présidentiel est maintenant limité à deux consécutifs de cinq ans et un poste de Premier ministre est créé.

Adopté par référendum le 24 février par 78,3% des électeurs, le texte entre en vigueur le 10 avril.

- Ouragan sur l'économie

Début avril, la réduction de pagination de l'emblématique quotidien Granma, faute de papier, rappelle aux Cubains de mauvais souvenirs. C'était la première mesure adoptée en 1990 par Fidel Castro pour affronter la "période spéciale", crise provoquée par la fin de l'Union soviétique, soutien économique des trois décennies précédentes.

Aujourd'hui, la croissance, de 1,2%, ne peut couvrir les besoins d'un pays qui importe 80% de ce qu'il mange, d'où les pénuries alimentaires.

Miguel Diaz-Canel appelle à "établir des priorités", "pour ne pas revenir aux moments difficiles de la période spéciale".

Sous embargo américain depuis 1962 et menacée de perdre le soutien pétrolier du Venezuela et de l'Algérie, La Havane doit apprendre à moins dépendre de l'extérieur, estime Juan Triana, professeur au Centre d'études de l'économie cubaine.

Il faut "diversifier l'économie, pour avoir moins besoin d'importer".

- Sanctions américaines

Le 17 avril, Washington annonce qu'il va appliquer le chapitre III de la loi Helms-Burton, ouvrant la voie à des milliers d'actions en justice contre des entreprises étrangères présentes sur l'île. Les voyages et les transferts d'argent américains vers Cuba sont également restreints.

Les Etats-Unis punissent ainsi La Havane pour son soutien au Venezuela de Nicolas Maduro.

"Nous les Cubains, nous ne nous rendons pas", réplique Diaz-Canel.

Mais l'île doit impérativement trouver d'autres alliés, selon Juan Triana : "Le leadership politique de Diaz-Canel doit chercher de nouvelles voies pour gagner la bataille" face à Donald Trump.