Doucement mais sûrement. Alors que l'Italie rouvre partiellement ses bars, restaurants et salles de cinéma, Emmanuel Macron veut montrer aux Français qu'il y a une lumière au bout du tunnel. A l'occasion d'un déplacement à Melun, en Seine-et-Marne, pour saluer la réouverture des écoles, le chef de l'Etat a promis de donner davantage de « visibilité » en s'exprimant dans les « prochains jours ». Peut-être en tout début de semaine prochaine, selon un conseiller.

« Que tout le monde puisse se projeter, c'est important pour notre moral collectif », a expliqué le président, avec pour objectif de pouvoir préciser « les deux-trois phases de réouverture progressive [...] jusque début juillet ».

« Prudent sur les dates »

« Emmanuel Macron est très volontariste depuis le début, il sait que le pays en a par-dessus la tête. Il a envie d'atterrir le plus vite possible mais pour l'instant, il est resté prudent sur les dates », estime un ministre. Tout en reconnaissant « l'impatience » des Français, Emmanuel Macron prépare les esprits à un desserrement progressif. « On va y aller tout doucement pour éviter que ça reparte » a-t-il dit devant les écoliers. « Ce n'est pas le cas aujourd'hui, mais il faut absolument éviter dans la gestion de crise un « bug » comparatif avec les autres pays », explique un membre du gouvernement.

Le chef de l'Etat a indiqué que dès le 3 mai, les déplacements interrégionaux seraient autorisés sans attestation. Surtout, alors que le Premier ministre, Jean Castex, s'est montré ferme sur le maintien du couvre-feu « jusqu'à nouvel ordre », Emmanuel Macron a ouvert la porte à un léger décalage. « 19 heures, c'est très tôt », a-t-il reconnu. Pas question pour autant de desserrer cet étau dès le 3 mai mais plutôt, si la situation le permet, à partir de la mi-mai. C'est aussi à partir de la mi-mai qu'il souhaite rouvrir certains lieux culturels.

Le chef de l'Etat a aussi ouvert la porte à une territorialisation de certaines mesures. S'il souhaite tenir, au niveau national, l'objectif de la mi-mai pour les terrasses des bars et restaurants, il a indiqué que les phases de réouverture seraient indexées, non seulement sur la vaccination, comme il l'avait déjà dit ; mais aussi sur les taux d'incidence et la pression hospitalière. Dans les départements où la circulation du virus aura bien baissé, les salles des restaurants pourraient rouvrir fin mai ou début juin quand elles devront attendre ailleurs.

Les jauges pourraient aussi être différentes. « Après, il faut que les règles deviennent vite nationales, avec des décalages de 2 à 3 semaines maximum, prévient un ministre, parce que cela devient insupportable pour ceux qui vivent les restrictions plus longtemps ».

Bercy préfère temporiser

Du côté des entreprises, la pression monte pour que la réouverture des commerces et restaurants se fasse dès le 10 mai, avant le grand week-end de l'Ascension. D'autant que la SNCF a déjà annoncé que son service serait quasi-normal pour ce pont. « Il y a des commerces qui pourraient faire de bonnes journées de chiffres d'affaires », a justifié Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef lundi sur RTL. Celui-ci plaide pour « un signal psychologique très important ».

Avec cette sortie, le patron du Medef espère remettre les commerces au centre de l'attention médiatique. « On parle beaucoup du symbole de la réouverture des musées ou des cinémas. C'est important, mais il ne faudrait pas non plus oublier des structures comme les centres commerciaux, dont les plus gros sont fermés depuis la fin janvier. En termes de chiffre d'affaires et d'emplois, cela représente des masses importantes dont on parle peu », souligne une source patronale.

« L'intérêt au plan commercial d'une réouverture au 10 mai est évident, nous avons du mal à comprendre pourquoi ça n'est pas pris en compte », renchérit Jean Eudes du Mesnil, secrétaire général de la CPME. En novembre dernier, lors du deuxième confinement, le patronat avait réclamé et obtenu une réouverture anticipée des commerces pour ne pas laisser toutes les ventes de Noël au commerce en ligne.

Pour le moment, Bercy préfère temporiser. « La mi-mai, c'est plutôt le 15 mai que le 10 mai », a expliqué lundi Bruno Le Maire sur Europe 1. Le ministre de l'Economie n'est pas hostile à une ouverture anticipée, mais il reste tributaire des arbitrages de l'Elysée. « Ces atermoiements sur les dates de déconfinement des commerces et restaurants commencent à être exaspérants. Il nous faut des décisions claires et rapides pour préparer cette échéance », prévient Jean-Eudes du Mesnil. Cet avertissement vaut notamment pour la restauration et l'hôtellerie, qu'environ 100.000 salariés auraient quittés pour se reconvertir et qu'il faudra donc remplacer.