Il y a plus d'un an, un tel montant aurait provoqué des malaises chez les hauts fonctionnaires de Bercy. L'exécutif va prendre cette semaine un décret d'avance pour rajouter des crédits aux dispositifs d'aides aux entreprises faisant face à la crise sanitaire. La facture est salée : 7,2 milliards, qui doivent permettre d'avoir assez de liquidités pour tenir jusqu'à l'été. Les experts se creusent la tête pour retrouver un antécédent à un tel montant pour un décret d'avance. Cet outil permet à l'exécutif d'ouvrir des crédits en cas d'urgence, dans la limite de 1 % du montant des crédits de la loi de Finances initiale. Ceux-ci représentaient 723,5 milliards lors du vote en fin d'année dernière, si bien que ces 7,2 milliards représentent quasiment le niveau maximum qui était autorisé pour Bercy. « Ce sont des sommes gigantesques, mais il faut bien financer la phase de transition des entreprises. Espérons que ce soit un dernier coup de collier à mettre avant une reprise », commente Eric Woerth, le président LR de la commission des Finances de l'Assemblée.

Budget rectificatif

Ce décret d'avance avait été rendu inévitable avec le troisième confinement. Les quelque 35 milliards d'euros prévus initialement pour financer les aides d'urgence menaçaient de s'épuiser rapidement. Rien qu'en avril, 11 milliards en aides diverses avaient été annoncés. Cet ajout de 7,2 milliards est financé par le redéploiement temporaire de crédits prévus pour la prise de participations de l'Etat dans des entreprises stratégiques.

Dans le détail, ce décret d'avance consacre l'importance primordiale prise par le fonds de solidarité, qui héritera de 6,7 milliards sur le total de 7,2 milliards. « C'est l'élément clé pour la réponse à l'urgence économique, la béquille qui doit permettre aux entreprises d'avancer vers la reprise », constate Eric Woerth.

A l'origine, environ 19 milliards avaient été prévus pour le fonds de solidarité en 2021. Mais fin avril, 12,8 milliards étaient déjà consommés, avec une montée en puissance forte au printemps (2,2 milliards en janvier et 2,7 milliards en février, avant 4,2 milliards en mars et 3,7 milliards en avril). Il y avait donc urgence à renflouer. En prévoyant 6,7 milliards, l'exécutif se pare donc d'un gros coussin de près de 26 milliards pour couvrir les besoins sur l'année. Pour rappel, seulement 15 milliards d'euros avaient été dépensés en 2020. Il a depuis été nettement élargi, mais Bruno Le Maire a posé cette semaine les jalons pour son extinction progressive, prévue fin août.

Pour le reste, Bercy prévoit donc d'ajouter environ 500 millions d'euros de crédits pour financer l'activité partielle. Ce montant réduit montre que la situation économique a nettement changé ces derniers mois. L'an dernier, le recours pour le chômage partiel avait été massif, ce qui s'était traduit par un coût de 27,6 milliards. On sera loin du compte cette année, un signe de plus que les confinements successifs entraînent un ralentissement de moins en moins prononcé pour l'économie française.

Avec ces 7,2 milliards , l'exécutif se donne en tout cas quelques semaines pour réfléchir à la suite. Bercy a en effet prévu de revenir au début de l'été avec un budget rectificatif. Il sera alors temps d'ajuster une nouvelle fois, si besoin, les crédits dévolus aux aides d'urgence. Mais aussi de faire voter quelques mesures déjà annoncées comme le prolongement de la possibilité de contracter un prêt garanti par l'Etat de six mois, ou d'autres en cours d'arbitrage.