Auparavant, M. Kim a réuni les principaux dirigeants du Parti des Travailleurs (au pouvoir) devant lesquels il a déclaré "que des mesures positives et offensives pour assurer pleinement la souveraineté et la sécurité du pays" étaient nécessaires, a rapporté lundi l'agence officielle nord-coréenne KCNA.

Pyongyang a donné à Washington jusqu'à la fin de l'année pour changer d'approche. Après un rapprochement spectaculaire en 2018, les négociations sur le programme nucléaire nord-coréen sont dans l'impasse depuis l'échec du sommet de Hanoï en février entre Kim Jong Un et le président américain Donald Trump.

Les deux pays n'étaient pas parvenus à s'entendre sur le démantèlement du programme nucléaire nord-coréen en échange d'une levée des sanctions économiques internationales.

La Corée du Nord n'a pas encore précisé la "nouvelle voie" qu'elle entend emprunter si les Etats-Unis ne font aucune nouvelle concession d'ici la fin de l'année. M. Kim devrait clarifier les choses.

La Russie et la Chine, les deux principaux alliés économiques de la Corée du Nord, ont déposé mi-décembre devant le Conseil de sécurité de l'ONU une proposition pour réduire les sanctions sous réserve que ce pays avance vers la dénucléarisation.

Selon des analystes, le dirigeant nord-coréen chercherait à exploiter les rivalités entre Washington, Pékin et Moscou.

La "nouvelle voie" serait plutôt une ancienne voie, la dénucléarisation étant hors de question, pense Henri Feron, directeur de recherche au Centre de politique internationale aux Etats-Unis.

- Plus de pression -

"Ce que la Corée du Nord appelle une nouvelle voie est nouveau dans le sens où elle sera différente de celle relativement engageante de ces deux dernières années, mais il s'agira en fait d'un retour à l'attitude qu'elle avait notamment sous l'ère Obama", explique-t-il à l'AFP.

"Elle s'attachera à développer sa puissance militaire et sa résistance économique aux sanctions, tout en exigeant une paix et une normalisation comme préalable à toute question de dénucléarisation", selon lui.

Les rumeurs ont enflé sur un éventuel abandon par Pyongyang du moratoire sur les essais de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) qui mettraient à sa portée le territoire continental des Etats-Unis bien que sa menace inquiétante de "cadeau de Noël" à Washington semble être tombée à l'eau.

Le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche Robert O'Brien a affirmé que Washington serait "extrêmement déçu et montrerait sa déception" si Pyongyang effectuait un essai de missile à longue portée. "Mais nous avons beaucoup d'outils dans notre boîte et plus de pression peut être exercée sur les Nord-Coréens".

Le discours du Nouvel An sera le huitième prononcé par M. Kim qui a renoué avec une tradition héritée de son grand-père, Kim Il Sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et ensuite abandonnée par son père.

C'est un moment clé du calendrier politique nord-coréen durant lequel le dirigeant passe en revue le passé et présente ses objectifs. Le texte intégral du discours est publié dans le journal officiel Rodong Sinmun.

- Une reprise des provocations? -

"Le discours prononcé pour le Nouvel An par M. Kim a évolué au fil du temps, au cours des premières années il se tenait dans l'uniforme du parti devant un pupitre puis, en 2019, assis à un bureau en costume-cravate de style occidental", relève Rachel Minyoung Lee, analyste principale pour NK News un site internet américain basé à Séoul. 

Pyongyang a récemment intensifié la pression avec une série d'essais sur sa base de lancement de fusées de Sohae, après une succession de tirs de projectiles les semaines précédentes. 

Pyongyang va probablement reprendre en 2020 ses essais de missiles à longue portée, notamment d'ICBM et peut-être des explosions nucléaires, explique à l'AFP Mme Lee. Pyongyang pourrait également mener des "provocations militaires à l'encontre de la Corée du Sud".

Un lancement d'ICBM risquerait de susciter la colère de la Chine qui souhaite la stabilité dans cette région qu'elle considère comme son arrière-cour. 

De son côté, M. Trump ne voudrait pas revenir à l'ambiance de 2017 --il menaçait alors de faire déferler sur le Nord le "feu et la fureur"-- préférant obtenir un accord avec Pyongyang pour rehausser sa réputation de négociateur car "il ne fait aucun doute que la priorité pour le président Trump est de se faire réélire", estime Joseph Yun, ex-émissaire américain pour la Corée du Nord.