Annuler la prochaine séance de négociations sur l'assurance-chômage ? En sortir carrément ? Ou en bloquer d'autres, nécessaires à la réforme de la formation professionnelle, comme celles liées aux dispositifs de reconversion ou aux opérateurs de compétences ? Sa colère à peine retombée, le patronat se retrouve acculé après la sortie d'Emmanuel Macron sur les contrats courts, jeudi, lors d'un débat avec des citoyens de la Drôme.

Mi-novembre, la première réunion de négociations avait à peine commencé que le chef de l'Etat s'était déjà invité au débat lors d'un échange avec des citoyens. Il avait poussé pour l'instauration d'un mécanisme de type bonus-malus sur les cotisations Unédic. Rebelote jeudi dernier donc, mais avec une différence notable : cette fois-ci, pas de propos alambiqués laissant entendre qu'il faudra au préalable des négociations de branche. Récompenser les entreprises qui favorisent l'emploi stable et punir celles qui font tourner leur main-d'oeuvre ? « C'est un système vertueux », a-t-il défendu. Ses conseillers l'ont-ils convaincu que les branches - et notamment celles qui sont accusées d'abuser des CDD - jouent le statu quo ? Que les alternatives du trio Medef-CPME-U2P sont vides, comme le clament les syndicats ? A moins que le mouvement des « gilets jaunes » lui impose de tenir ce qui, après tout, est une promesse de campagne ? Sans doute tout cela à la fois.

« Nouvelle forme de taxe »

Résultat, à quelques jours de la dernière séance de négociations (sauf prolongation), le patronat accuse le coup, lui qui pouvait compter sur l'appui de Matignon, opposé au bonus-malus. La réaction de la CPME en témoigne. « Tout se passe comme si le chef de l'Etat faisait tout pour que la négociation échoue », a déclaré la confédération dans un communiqué. Mettant en avant les contraintes des entreprises qui ne peuvent pas embaucher en CDI, elle refuse de « cautionner une nouvelle forme de taxe sur les entreprises ». Les syndicats, qui défendent chacun avec sa formule un mécanisme de type bonus-malus, n'ont pas manqué d'apprécier ce revirement à même, estiment-ils, de relancer une négociation qui s'enlise depuis plusieurs semaines. Leur conviction qu'il faut négocier sur le bonus-malus s'en trouve renforcée. De là à crier victoire, il n'y a qu'un pas.

L'euphorie n'est pas de mise car on voit mal le patronat se renier, lui qui vient encore de dérouler son argumentaire pour dénoncer une mesure destructrice pour l'emploi. Pour renverser la vapeur et, ainsi, maintenir une chance qu'Emmanuel Macron ne déclenche pas l'arme atomique, il devra considérablement muscler ses pistes alternatives anti-précarité. Medef, CPME et U2P ont une autre carte en main : le montant des économies dans les allocations chômage, l'autre volet conflictuel de la négociation.

Le gouvernement en exige entre 1 et 1,3 milliard d'euros par an. Les syndicats refusent un tel montant. Sauf qu'ils marchent sur des oeufs : s'ils ne trouvent pas un terrain d'entente avec le patronat, leur utilité sociale, déjà mise à mal par les « gilets jaunes », sera encore plus questionnée. L'Etat reprendra la main et fera ce qu'il voudra.