Il y a d'abord eu l'épisode « good cop/bad cop », comme l'a baptiséun syndicaliste. Il fait référence à la visite, lundi dernier, du secrétaire d'Etat à la Santé au travail, Laurent Pietraszewski, chez Axa, un des bons élèves du télétravail, trois jours après celle de la ministre du travail, Elisabeth Borne, chez Total, montré du doigt pour sa résistance au travail à domicile à 100 % imposé par le nouveau protocole sanitaire. Alors que la pression monte dans le monde patronal lors de ce deuxième confinement, l'heure est du côté du gouvernement à la reconnaissance des efforts des employeurs et de la difficulté de l'exercice imposé.

Nette extension du télétravail

« Je suis consciente qu'on est en train de demander aux employeurs comme aux salariés des efforts sans doute au-delà de ce que chacun souhaiterait », a affirmé mercredi Elisabeth Borne dans une interview au « Parisien ». « L'idée que les employeurs ne joueraient pas le jeu est [...] très majoritairement fausse », a-t-elle ajouté. Elle appuie son constat sur les résultats d'un sondage sur l'activité professionnelle pendant le confinement commandé par son ministère à Harris Interactive et publié mardi soir.

Il montre une nette extension du télétravail : 45 % des salariés affirment avoir travaillé à domicile entre le 4 et le 8 novembre, jours sur lesquels portait l'enquête, et pendant en moyenne 3,7 jours contre 2,7 la semaine précédente. En outre, près d'un salarié sur quatre dit avoir télétravaillé à 100 %. Sachant que si 39 % des salariés affirment ne pas pouvoir télétravailler, 36 % affirment pouvoir le faire « facilement » et 25 % « avec difficultés ». Quant à la responsabilité des employeurs dans l'absence de télétravail, elle est pointée du doigt par 15 % des salariés en présentiel la semaine dernière. Ce qui fait dire à Elisabeth Borne qu'il reste encore « une marge de progrès ».

Consigne ferme

Face aux récalcitrants, l'heure est toujours pour l'inspection du travail à faire de la « pédagogie », assure la ministre du Travail, qui parle de « retard à l'allumage » à propos en particulier du secteur bancaire. Suite à un droit d'alerte,l'inspection du travail est intervenue chez LCL et le dialogue social est tendu chez BNP Paribas.

« L'essentiel du message a été compris » par les entreprises, insiste-t-on cependant dans l'entourage d'Elisabeth Borne. Il n'empêche que la consigne adressée aux directeurs des services déconcentrés du ministère du Travail (Direccte) est ferme. Lors d'une réunion à distance, il leur a été demandé à tous par Elisabeth Borne de prendre leur téléphone pour mettre la pression sur les plus gros employeurs sur leur territoire, comme la ministre l'a fait avec des grands patrons, notamment celui de Total, en leur rappelant la règle du 100 % télétravail. En l'absence de prise en compte de l'avertissement, des mises en demeure pourraient commencer à être adressées la semaine prochaine.

Fortes tensions

Les partenaires sociaux, eux, n'ont pas beaucoup avancé dans leur négociation sur le télétravail en général et celui sous confinement en particulier lors de leur deuxième séance de discussion, mardi. Elle a été plus particulièrement marquée par de fortes tensions entre le patronat et la CFDT mais du côté des autres syndicats aussi, on a déploré que les représentants des entreprises disent « non à tout ». Une nouvelle réunion doit se dérouler le 13 novembre sur la base d'un texte que les employeurs ont promis d'envoyer jeudi soir, deux autres rendez-vous étant programmés, les 17 et 23 novembre.