Faut-il conserver des allocations familiales pour tous ? Toucher au quotient familial ? Depuis le fiasco du rapport Chiche-Lurtonen mars, l'avenir de la politique familiale demeure dans le flou. Toutefois, l'exécutif a fixé un cap : aider les femmes à participer davantage au marché du travail. Depuis 2018, les mères isolées et démunies qui font garder leurs enfants sont mieux indemnisées, quitte à réduire les aides des autres familles. Il est également question de leur faciliter l'accès aux crèches.

Plus de femmes qui travaillent, c'est plus de croissance, si l'on en croit une récente étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les « gains économiques liés à l'égalité des sexes dans les pays nordiques ». Au Danemark, en Islande, en Norvège et en Suède, la progression de la participation féminine au marché du travail a contribué à la croissance du PIB par habitant à hauteur de 0,25 à 0,40 point de pourcentage par an depuis les années 1970. Soit 10 % à 20 % de l'augmentation totale du PIB par habitant.

Un taux d'activité supérieur à 70 %

Pionniers du modèle « deux salaires, deux carrières », les Nordiques ont mis en place des congés maternité bien rémunérés, mais également des congés paternité de deux ou trois mois incessibles. Les enfants sont massivement pris en charge en crèche et gardés après l'école. De plus, les impôts sont souvent prélevés sur une base individuelle, au lieu d'être conjugalisés, et les prestations sont versées de la même façon, pour encourager les deux parents à exercer un emploi rémunéré. En Norvège et en Finlande, toutefois, les congés parentaux généreux ont tendance à éloigner les jeunes mères du marché du travail.

Dans quatre de ces pays, le taux d'activité des femmes âgées de 15 à 64 ans est supérieur à 70 % voire 80 % (contre 60 % en France). En Suède, il est monté de 30 points en vingt-cinq ans, pour atteindre 81 % en 1990, avant de s'affaisser du fait de la crise économique. Selon l'OCDE, si la participation des femmes était restée à son niveau de la fin des années 1960, la richesse par habitant serait moindre de 9.000 dollars par an en Norvège et de 1.500 dollars par an en Finlande, qui a moins gagné car elle partait avec une longueur d'avance.

Le dernier kilomètre

En 2016, l'égalité des sexes dans l'accès au marché du travail en Europe du Nord n'est pas encore réalisée, mais elle s'est améliorée de façon exemplaire. L'écart hommes-femmes s'échelonne entre 3 et 6,3 points de pourcentage pour le taux d'activité, contre 12,2 points en moyenne dans l'OCDE. A noter : la France n'est pas mal classée avec un peu moins de 8 points d'écart entre les sexes. L'Hexagone n'a d'ailleurs pas trop à rougir face aux Nordiques en matière de différence de salaires hommes-femmes, d'écart en nombre d'heures travaillées et de participation des femmes au management.

Le « dernier kilomètre » à parcourir pour atteindre la parité dans les pays nordiques risque d'être le plus difficile, prévient l'OCDE. Il faut maintenant que les femmes augmentent le nombre d'heures travaillées. Le jeu en vaut la chandelle, avec un potentiel de croissance du PIB par habitant de 20 à 30 % supplémentaires.