Le site de recherche d'emploi Monster interrogeait en janvier dernier 30.000 recruteurs d'entreprises pour son étude mondiale « The Futur of Work ». Et 81 % d'entre eux annonçaient leur intention d'embaucher. Cette bonne nouvelle pour le marché de l'emploi masquait, au moins pour la France, un vrai problème : celui d'une réelle pénurie de candidats dans un grand nombre de secteurs d'activité.

Pas moins de 70.000 offres d'emploi sont ainsi à pourvoir dans le secteur de l'industrie en France « mais nous n'arrivons pas à recruter », a regretté, lundi, la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, lors d'une visite à l'usine de fabrication de rails Saarstahl à Hayange (Moselle). « La difficulté est de trouver les bons profils et d'attirer des jeunes et des personnes en reconversion », a-t-elle précisé.

Dans le domaine de la construction, par exemple, les offres d'électriciens ont bondi de 36 % depuis mi-juillet 2020, d'après Adecco, et deviennent difficiles à pourvoir. Même si le secteur est devenu, en quelque sorte, le réceptacle des employés de filières sinistrées ces derniers temps, « il a toujours eu du mal à attirer les candidats. En un an et demi, les salaires proposés ont augmenté de seulement 1 % », observe Alexandre Judes, économiste au sein du Hiring Lab d'Indeed.

A la recherche de flexibilité et de sens

Les salaires bas et leur difficile progression n'expliquent pas tout. Les entreprises d'hygiène et de propreté, notamment, ont fait un réel effort en augmentant de 3,5 % les salaires sur un an et demi. Pourtant, elles peinent toujours à recruter. Du côté de l'hôtellerie et de la restauration, le manque de candidats se fait cruellement sentir depuis 2020, et ce alors que le nombre d'offres ne cesse de croître avec la réouverture des établissements.

A la pénibilité des postes et aux rémunérations peu attractives, s'est ajoutée une mauvaise image du secteur, durement touché par la crise sanitaire. La pandémie a aussi fait émerger un réel besoin de sens et de flexibilité, que n'offre pas ce secteur.

« L'obsolescence des compétences s'accélère et crée une pénurie de certains métiers », ajoute Romain Giunta, manager chez Monster. C'est le cas, par exemple, de la fonction de comptable. Les compétences nécessaires pour ce métier sont similaires à celles du data scientist, un métier mieux payé et aux avantages multiples.

« Les entreprises doivent faire preuve d'ouverture d'esprit sur les recrutements, en donnant priorité aux compétences », considère le président du groupe Randstad France, Frank Ribuot. Selon ce dernier, « certaines personnes n'auront besoin que de quelques heures de formation pour correspondre aux profils recherchés car elles disposent déjà des compétences clés acquises lors des expériences précédentes dans d'autres secteurs d'activité ».

Cette obsolescence n'explique toutefois qu'à la marge la pénurie qui, dans certains secteurs, va durer. Celui des métiers de la santé, déjà en tension bien avant la crise sanitaire, est victime d'un autre phénomène. Par choix, de plus en plus de personnes se tournent vers l'intérim ou le statut de free-lance. Or, d'après Monster, en 2021, 57 % des offres publiées sur le site sont des CDI, 20 % des contrats d'intérim et 15 % des CDD. Les entreprises doivent s'habituer à avoir un portefeuille de différents contrats en leur sein et les faire coexister.

Disparités territoriales

Un dernier critère est à prendre en compte pour tenter d'expliquer cette pénurie de main-d'oeuvre : les disparités territoriales. Le télétravail, favorisé par la pandémie, a mis en évidence une envie de mobilité géographique des candidats. Mais ce besoin ne coïncide pas toujours avec ceux de certains territoires.

Selon Monster, l'Auvergne-Rhône-Alpes (14 % des offres) est la région de France où les profils de vendeurs en distribution sont les plus recherchés, aux côtés des infirmiers et des consultants. La Nouvelle-Aquitaine se distingue avec une surreprésentation des offres dans le secteur de la santé (17 % vs. 13 %), de fait, c'est une région où les métiers les plus recherchés sont ceux d'infirmiers, d'aides-soignants et ceux de la grande distribution.

Pour le patron de Randstad France, « il faut travailler à la fois sur l'attractivité des bassins d'emploi et des entreprises qui les composent, en menant une action conjointe sur les sujets de mobilité locale, la rapidité du montage et du financement des formations adéquates et sur la flexibilité des conditions de travail ». Vaste chantier.