La carte de l'impact économique de la crise sur les territoires se dessine maintenant très nettement. Chargé en janvier par le Premier ministre d'une mission relative à « l'accompagnement de la sortie de crise et du rebond économique territorial », le député Modem des Yvelines Jean-Noël Barrot présentait lundi après-midi aux partenaires sociaux ses premiers éléments de diagnostic.

« C'est assez inégalement réparti », souligne le parlementaire, économiste de formation. Parmi les trente zones d'emploi métropolitaines où le choc de la crise sur la masse salariale privée a été le plus fort sur la période allant de mars 2020 à février 2021, on trouve aussi bien La Tarentaise (Savoie) que Roissy, en Ile-de-France, Saint-Louis (Haut-Rhin), Vire Normandie, Thouars (Deux-Sèvres) ou Calvi (Corse-du-Sud).

« Les différences d'impact entre les territoires ne s'expliquent pas uniquement par les spécialisations sectorielles. Il y a aussi des facteurs d'amplification locaux, comme, par exemple, la physionomie des entreprises présentes sur le territoire », souligne Jean-Noël Barrot. C'est particulièrement le cas dans la zone d'emploi de Roissy, où 80 % de la baisse d'activité est due à des effets locaux.

« C'est une crise qui va vraisemblablement rebattre les cartes. Elle ne creuse pas les fractures territoriales antérieures, mais pourrait modifier les dynamiques territoriales », estime par ailleurs le député. Les grandes métropoles font ainsi face à une baisse d'activité « beaucoup plus marquée qu'ailleurs ». L'analyse des flux résidentiels « montre une très forte accélération de ce qu'on pourrait appeler un exode urbain », autour de Paris, Lyon, Toulouse ou Nantes, souligne-t-il.

« Bouclier anti-décrochage territorial »

La mission doit maintenant présenter ses recommandations fin juin, début juillet « pour la période de crise et au-delà », ainsi que l'impact territorial du plan France Relance. « Il y aura des mesures d'application immédiate et d'autres de moyen et long terme, pour former une sorte de bouclier anti-décrochage territorial qui pourra être activé à tout moment », indique Jean-Noël Barrot, qui a rencontré plus de 400 acteurs de terrain (organisations professionnelles, entreprises, élus, services déconcentrés).

Au terme d'un tour de France qui l'a emmené dans 13 régions métropolitaines, 15 départements et une cinquantaine de villes, il retient des initiatives comme le prêt de main-d'oeuvre entre sociétés oula « mutualisation des fonds de revitalisation ». Organisatrice de la réunion, Elisabeth Borne y est allée de ses propositions, encore à l'état de réflexions, aux partenaires sociaux. Deux d'entre elles passent par le nouveau dispositif de reconversion Transco, censé faire la passerelle entre une entreprise qui recrute et une qui doit réduire ses effectifs, sans passer par Pôle emploi.

Fonds d'appui national

Le dispositif fait l'unanimité, insiste-t-on dans l'entourage de la ministre du Travail, « néanmoins, il faut en faciliter l'accès aux entreprises », ce qui revient à dire en creux qu'il est trop complexe pour les TPE-PME. La rue de Grenelle ouvre aussi la voie à une extension du rôle des « plateformes », c'est-à-dire des lieux d'échanges qui se sont portés volontaires pour diffuser Transco dans les territoires. L'idée est la même : faciliter les reclassements.

Autre piste soumise à réflexion : comment mieux faire connaître des employeurs les conseils en matière RH des services déconcentrés de l'Etat. Enfin, les partenaires sociaux sont invités à plancher sur la création d'un fonds d'appui national pour les territoires alimenté par une ponction sur la contribution revitalisation obligatoire pour les entreprises de plus de 1.000 salariés qui licencient. Le ministère a mis en avant l'exemple d'un grand groupe qui se sépare d'un grand nombre de salariés mais répartis dans une multitude de territoires. Pour éviter un effet saupoudrage, une partie de sa contribution alimenterait le fonds au bénéfice d'autres territoires touchés par des PSE massifs et localisés. Syndicats et patronat sont invités à faire leurs retours d'ici à la fin de la semaine.