A peine reçu le retour d'une enquête préliminaire ouverte contre ce chirurgien fin 2016, le parquet a ouvert mardi soir une information judiciaire pour "blessures involontaires ayant entraîné une ITT (incapacité totale de travail, NDLR) supérieure à trois mois, à l'encontre de 27 plaignants".

L'enquête avait été ouverte notamment sur le fondement d'un rapport de la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) reconnaissant des manquements de ce chirurgien dans 54 dossiers. Depuis, le Conseil national de l'Ordre des médecins a suspendu le Dr V. pour trois ans dont 18 mois avec sursis, à compter du 1er mai.

La CPAM lui reprochait d'avoir parfois opéré sans disposer de tous les éléments nécessaires, de ne pas avoir toujours bien informé ses patients, de n'avoir pas fait de suivi opératoire de qualité, et surtout de ne pas fournir d'explications convaincantes dans une trentaine de dossiers liés à des complications postopératoires.

- "Conséquences gravissimes" -

"Les victimes ne peuvent que se réjouir de cette nouvelle étape judiciaire même si elle s'annonce longue et compliquée", a considéré Me Hervé Gerbi, qui intervient, au civil et au pénal, pour six patients du chirurgien, dont un décédé.

Il a estimé que d'autres dossiers de personnes opérées peut-être sans raison valable rejoindront le dossier.

L'ouverture d'information arrive alors que l'affaire a pris des proportions médiatiques importantes.

Cela avait commencé le 10 avril par l'intervention de Me Edouard Bourgin, l'avocat de plusieurs plaignants invalides, qui avait réclamé publiquement cette ouverture d'information judiciaire.

Depuis, "60 personnes signalant des conséquences indésirables et parfois gravissimes" d'opérations du Dr V. se sont présentées à son cabinet, et il m'en reste une quinzaine d'autres à voir", a-t-il indiqué mercredi à l'AFP.

L'avocat du Dr V., Me Bernard Boulloud, avait contre-attaqué en lançant six plaintes pour diffamation ou dénonciation calomnieuse contre des patients s'étant exprimés dans la presse, et en transmettant à l'ordre des médecins et au procureur des plaintes visant l'enquête de la CPAM et particulièrement un expert de cette dernière.

Me Boulloud a salué mercredi l'ouverture d'information judiciaire "qui permettra d'avoir accès au dossier", "plutôt que de subir une information à charge sur la place publique par médias interposés".

- "Lynchage médiatique"-

Il a souligné ironiquement que, "deux mois seulement après le lynchage médiatique" de son client, le parquet de Grenoble "est enfin parvenu à clore son enquête ouverte depuis déjà trois années à la demande de la CPAM". 

Il a noté que "depuis le 10 avril, la police judiciaire a semble-t-il réussi à contacter les 54 assurés leur précisant qu'en cas de +douleurs+ ils avaient alors la +possibilité de porter plainte contre le chirurgien+", et a noté que la moitié seulement l'avaient fait à ce stade.

Me Bourgin pour sa part a souligné que l'ouverture de cette instruction était "largement due au courage de quatre victimes qui ont osé parlé à la presse avec leurs mots", et subissent des poursuites en diffamation "scandaleuses". 

Visant notamment, sans le nommer, le Pr Philippe Merloz, un ancien supérieur du Dr V. au CHU de Grenoble, qui avait fait part publiquement de "son étonnement et de son incompréhension totale" devant les poursuites visant le chirurgien, Me Bourgin a estimé qu'il y avait dans cette affaire "un corporatisme dévoyé conduisant à diffuser de bien contestables informations au public".

"Nous aimerions remonter le fil de ce qui s'est réellement passé depuis douze ans, depuis que l'un de mes clients a été amputé à la suite d'une opération imputable à ce chirurgien et que la dangerosité de celui-ci est venue en débat", a-t-il conclu, tout en relevant que "la présomption d'innocence s'applique au Dr V.".