D'ici à un peu plus de deux semaines, la France doit envoyer à Bruxelles ses prévisions en matière de finances publiques pour 2021 et au-delà. Bien malin celui qui peut parier à quoi ressemblera ce programme de stabilité, tiraillé par les effets contradictoires d'un déficit moins dégradé que prévu l'an dernier et une situation sanitaire toujours plus alarmante qui pèse sur l'activité. « Le chiffre du déficit pour 2020 reste vertigineux. Sa moindre détérioration ne préjuge de rien pour cette année », prévient-on à Bercy.

Pour le moment, l'exécutif prévoit un déficit atteignant le niveau encore gargantuesque de 8,5 % du PIB fin 2021, tandis que l'endettement s'élèverait à 122,4 %. Mais ces estimations avaient été faites en décembre dernier sur la base d'anticipations pour 2020 bien plus noires que ce qui s'est finalement réalisé.

Ainsi vendredi, l'Insee a annoncé que le déficit public s'était finalement établi à 9,2 % du PIB l'an dernier, soit un niveau inférieur au -11,3 % qui était prévu à la fin 2020. L'office statistique prend toutefois soin de préciser qu'il s'agit du « ratio de déficit le plus élevé depuis 1949 » et qu'il est assez largement au-dessus de l'étiage atteint en 2009 après la crise financière, ce qui donne une idée du choc provoqué par la crise sanitaire.

Envolée de la dette

De la même façon, le ratio de dette publique s'envole, sans toutefois atteindre complètement les altitudes redoutées il y a trois mois encore. Ainsi celui-ci a atteint 115,7 % du PIB l'an passé, quand la prévision de cet hiver était de 119,8 %. Mais il faut comparer cela au niveau de 97,6 % du PIB qui était celui de la France en 2019. En monnaie sonnante et trébuchante, cela représente quand même une augmentation de 270,6 milliards d'euros sur un an, pour atteindre un total de 2.650,1 milliards !

Au total, le coût de la crise pour les comptes publics s'établit donc à 158 milliards d'euros, si l'on fait la somme des dépenses qui ont été engagées pour soutenir les ménages et les entreprises et des pertes de recettes fiscales provoquées par la crise économique (avec une récession à - 8,3 %). C'est là encore moindre que ce qui était anticipé à l'automne (186 milliards).

Même si la dégradation est moindre qu'anticipée, le détail des données publiées par l'Insee donne une idée de la violence du séisme qui a secoué les comptes publics l'an dernier. Les recettes ont ainsi chuté de 63,1 milliards d'euros, soit une baisse de 5,4 % (en volume, hors effet de l'inflation) par rapport à 2019. Toutefois, il faut noter que cette baisse est moins forte que celle du PIB. Si bien que le ratio de prélèvement obligatoire remonte fortement à 44,7 % du PIB, son niveau de 2018.

Du côté des dépenses, celles-ci ont bondi en volume de 4,9 % (4,1 % en 2009). Les dépenses publiques ont donc représenté l'an dernier l'équivalent de 62,1 % du PIB, un niveau jamais atteint dans les comptes publics modernes d'après guerre. Tous les postes ou presque sont concernés. Les dépenses de fonctionnement ont connu une hausse de 2,3 %, du fait notamment des premiers effets du « Ségur de la Santé » (qui seront bien plus forts en 2021). Les prestations sociales ont crû de 8 %, poussées par le chômage partiel. Seule exception, les intérêts versés au titre de la dette ont reculé une nouvelle fois de 14,4 % malgré l'envolée de l'endettement. La conséquence de la nouvelle ère de taux négatifs.

Multiples inconnues

Concernant les seules aides aux entreprises, Bercy les chiffre désormais à 47 milliards pour 2020, si l'on additionne les sommes consacrées à l'activité partielle (27 milliards), au fonds de solidarité (16 milliards) et aux exonérations de charges (4 milliards). Mais quel sera le montant pour 2021, alors que les aides sont renforcées quasiment toutes les semaines depuis deux mois ?

Vendredi, Olivier Dussopt, le ministre aux Comptes publics a indiqué que le coût devrait tourner « autour de 32 milliards d'euros », dont « 18 milliards pour le fonds de solidarité, 11 milliards pour l'activité partielle et environ 3,5 à 4 milliards d'euros pour les exonérations de cotisations sociales ». « Il s'agit de notre estimation à ce stade avec les mesures actuelles. Nous serons amenés à revoir le chiffre en baisse ou en hausse en fonction de l'évolution de la crise », précise-t-on dans son entourage.

Il s'agit d'une des nombreuses incertitudes que doit gérer le gouvernement du point de vue économique, à côté de celle pesant sur l'ampleur du rebond économique cette année. Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, espère toujours +6 % cette année. Ces différents indicateurs sont susceptibles de faire varier très nettement le taux d'endettement fin 2021. Ainsi en septembre dernier, Bercy espérait cette année le contenir à son niveau de 2020, avant que la deuxième vague le contraigne à anticiper une nouvelle dégradation. Il reste donc à voir quels seront les effets de la troisième vague.