La crise creuse les écarts un peu partout, y compris en matière de cessions et acquisitions de PME. D'après le cinquième panorama annuel « Régions & transmission » réalisé par le cabinet In Extenso et Epsilon Research à partir de leurs propres opérations, mais aussi des données publiées officiellement en 2020 pour les valorisations de 5 à 50 millions d'euros, et que les « Echos » dévoilent, l'année un de la pandémie a fortement impacté les comportements de rachats dans les territoires. Sans surprise, le marché global s'est contracté, avec une baisse du nombre d'opérations de 19 % (339 opérations contre 417 en 2019).

Une rupture après trois années consécutives de croissance. « Cette baisse est néanmoins moins importante que celle à laquelle on pouvait s'attendre : après le premier semestre 2020 marqué par l'impact du premier confinement, et une chute de la moitié du nombre des cessions et acquisitions, il y a eu un réel effet de rattrapage sur le second semestre », analyse Marc Sabaté, directeur général d'In Extenso Finance et Transmission.

Gagnants et perdants

Cette baisse de l'activité M&A se répercute de manière très inégale sur les territoires, entraînant l'apparition de vraies lignes de fractures. Il y a bien les gagnants et les perdants de cette crise. « Depuis 2017,les marchés régionaux se comportaient de manière assez régulière d'une année sur l'autre, les régions les plus dynamiques et les moins attractives étaient bien identifiées », indique Marc Sabaté. Changement avec le Covid. Si l'axe Paris-Lyon résiste bien, grâce à un poids économique fort et un écosystème riche dans le M&A (cabinets, banques d'affaires, etc.), qui lui permet de représenter 59 % des opérations en 2020 contre 53 % en 2019, ce n'est pas le cas partout.

Les régions Normandie (-67 %), Pays de la Loire (-55 %) et Centre-Val de Loire (-64 %) décrochent. « Ces territoires où l'on retrouve des équipementiers, des industries légères ou des sociétés de services aux entreprises formant un tissu essentiellement de PME disséminées assez peu digitalisées résistent moins à cette crise. Ils n'ont pas attiré les acquéreurs », analyse Franck Lamotte, directeur Hauts-de-France In Extenso Finance et Transmission.

En revanche, l'Occitanie (+12 %) ou la Bretagne (+13 %) ont tiré leur épingle du jeu, s'offrant le luxe de hausse exceptionnelle. Leur économie repose sur des secteurs porteurs qui ont profité de la crise, la technologie et le numérique pour l'un et l'agroalimentaire pour l'autre.

Même lignes de fractures dans les secteurs, avec des écarts qui se sont creusés entre ceux qui sont restés performants voire plus (numérique, télécoms, santé, services...) et ont attiré les acheteurs, et les autres qui ont pris de plein fouet les confinements et la crise (le retail, le tourisme, le BTP...).

Le retour du local

Autre rupture avec « le monde d'avant » : on assiste à une redistribution des cartes au niveau du profil des acquéreurs. Jusqu'à l'an dernier, les acteurs financiers avaient fait montre d'une appétence forte pour les PME. Ils ont fait profil bas. Les fonds d'investissement sont passés de 31 à 16 % des opérations entre 2019 et 2020 et les sociétés cotées de 20 à 13 %.

A contrario, les PME indépendantes ont représenté 68 % des volumes l'an dernier contre 49 % en 2019. « Les acteurs financiers, soucieux de leurs actifs et souvent avec une vision court terme, se sont préoccupés d'abord de leur portefeuille de participation pour les préserver, et n'ont pas investi dans de nouvelles opérations, ils ont adopté une stratégie de prudence », détaille Marc Sabaté. Le terrain de jeu s'est aussi restreint : 43 % des acheteurs ont fait main basse dans leurs propres régions (contre 22 % en 2019). Et la part des acquéreurs français est montée de 73 à 80 %. Le retour au local a joué à plein.