Ce forum, organisé en partie par un proche du Kremlin, où l'on verra Vladimir Poutine, Emmanuel Macron, le président allemand Frank-Walter Steinmeier et le vice-président américain Mike Pence, concurrence la cérémonie prévue le 27 janvier sur le site de l'ancien camp d'extermination, dans le sud de la Pologne.

Le président Andrzej Duda a expliqué sa décision de décliner l'invitation israélienne: son homologue russe doit jouer à Jérusalem un rôle de premier plan, alors qu'il n'a jamais été prévu, selon lui, qu'il puisse lui répondre.

Varsovie craint que M. Poutine, qui doit prononcer deux discours, n'accuse à nouveau la Pologne d'antisémitisme. Et qu'il ne fasse la promotion de sa "politique historique" consistant à faire l'éloge de l'URSS, en faisant oublier son pacte de 1939 avec l'Allemagne nazie.

La Pologne est le pays sur le territoire occupé duquel a eu lieu l'extermination des Juifs au bilan le plus lourd. Sur les six millions de citoyens qu'elle a perdus lors de la Seconde Guerre mondiale, trois millions étaient juifs.

Un responsable israélien, s'exprimant lundi à Jérusalem sous le couvert de l'anonymat, a paru admettre cette possibilité. "En tant que pays hôte, nous ne censurons personne", a-t-il déclaré à l'AFP. Mais, a-t-il ajouté, "Israël ne veut pas être impliqué dans un différend entre la Pologne et la Russie".

La semaine précédente, le quotidien de gauche Haaretz avait estimé que cette neutralité désirée n'apparaissait pas évidente. "La décision de laisser parler Poutine, mais non Duda, pourrait être perçue (...) comme un soutien tacite au récit biaisé de Poutine sur le partage de la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale et sur le blanchiment de la poignée de main entre l'URSS et Hitler".

- Milliardaire proche du Kremlin -

M. Poutine a récemment soulevé l'indignation en Pologne en accusant le pays de collusion avec Hitler et d'antisémitisme, voire d'avoir contribué au déclenchement du conflit mondial. Et son but est de "brouiller la Pologne avec Israël et par conséquent avec les Etats-Unis", pense l'analyste polonais Marcin Zaborowski.

Le forum à l'Institut Yad Vashem de Jérusalem est organisé et parrainé notamment par Viatcheslav Moshé Kantor, un milliardaire proche du Kremlin, un des leaders de la communauté juive russe et chef de quelques organisations juives internationales, dont le Congrès juif européen.

"Poutine se fait ami d'Israël et des Juifs russes d'Israël, souvent influents, comme Avigdor Liberman (chef du parti nationaliste laïc Israël Beiteinou, ndlr). Si les relations polono-juives se détériorent, les Etats-Unis seront du côté d'Israël", prédit M. Zaborowski, ancien directeur de l'Institut polonais des Affaires internationales (PISM).

Mardi, le ministère polonais des Affaires étrangères a exhorté le président russe "à ne pas utiliser la mémoire des victimes de l'Holocauste à des fins politiques". 

Il a également distribué une copie du premier document officiel avertissant que l'Allemagne nazie avait commencé une campagne de génocide contre les juifs d'Europe. 

En décembre 1942, le gouvernement polonais en exil basé à Londres a transmis le document intitulé "L'extermination massive des Juifs en Pologne occupée par les Allemands" aux Nations unies. 

Il comprenait des comptes rendus détaillés de l'Holocauste dont témoignaient des membres de la résistance polonaise, mais n'a suscité que des réactions en sourdine de la part de la communauté internationale.

- Triangle Moscou-Jérusalem-Varsovie -

"En Israël, la Pologne n'est pas perçue comme une victime" d'Hitler, explique-t-il, et "les sentiments antipolonais sont toujours forts". Cela en dépit des concessions de Varsovie pour mettre fin à une crise en 2018: à l'époque, une loi polonaise avait été perçue en Israël comme visant à empêcher les Juifs d'évoquer des crimes des Polonais à leur égard. 

Du côté israélien du triangle Moscou-Jérusalem-Varsovie, "on préfère Poutine à Duda", dit le commentateur polonais Konstanty Gebert dans le quotidien Fakt. 

Il l'explique notamment par le besoin du Premier ministre Benjamin Netanyahu de gagner, en vue des élections législatives du 2 mars, la sympathie des nombreux Israéliens qui ont émigré depuis l'URSS.