La tension monte sur le marché des assurances d'entreprises à l'approche de la fin de l'année et du renouvellement des contrats. Echaudés par les conséquences du Covid-19, les assureurs se montrent déterminés à faire passer des augmentations de tarifs à leurs clients de 5 à 30 % selon les cas, souligne l'Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise (Amrae), à l'occasion de la publication mardi d'un état des lieux du marché établi avec des courtiers tels que Aon, Marsh ou Siaci Saint Honoré.

« On a vraiment un marché qui se retourne », déclare Léopold Larios de Piña, vice-président de l'association regroupant des managers de risques de grandes entreprises. Ces vingt dernières années, et après le séisme provoqué par le 11 septembre 2001, le rapport de force entre assureurs et entreprises avait plutôt été favorable à ces dernières, en termes de prix.

En 2019, des assureursavaient bien tenté de remonter les tarifs. Mais « la grande différence par rapport à l'an dernier, c'est qu'à l'époque, les hausses de primes étaient très ciblées. Là, chez certains assureurs, le mouvement de hausse est appliqué'en râteau'et de façon très violente », selon Léopold Larios de Piña.

Augmentation des franchises

Sur le volet «dommages et pertes d'exploitation», l'Amrae évoque des hausses de prix allant de 10 à 30 %, voire à plus de 50 % pour une entreprise à risques ou sinistrée. Les assureurs ont aussi tendance à augmenter leurs franchises, à baisser l'étendue de leur couverture et à réduire les capacités qu'ils offrent aux entreprises, insiste l'Amrae. De quoi complexifier les renouvellements.

Le mouvement de durcissement n'est pas une surprise alors que le Covid-19 a déjà coûté cher aux assureurs et que la crise économique pourrait aggraver la facture. Des assureurs ont notamment été contraints de mettre la main à la poche pour indemniser les pertes des entreprises touchées par le confinement ou au moins pour trouver avec elles une porte de sortie amiable. Nombre de sociétés estiment en effet que leurs pertes liées au confinement peuvent être couvertes par leur contrat « pertes d'exploitation sans dommages ». Les professionnels martèlent de leur côté que ce n'est pas vrai dans la grande majorité des cas.

Evaporation de l'offre

Soucieux de ne pas revivre à l'avenir ce débat qui peut empoisonner les relations avec leurs clients, les assureurs se montrent prudents avant d'offrir des garanties contre les pertes d'exploitation sans dommages et sont amenés à modifier leur contrat pour préciser leurs exclusions. L'Amrae n'hésite pas à parler « d'évaporation » de l'offre.

Les négociations entre assureurs, courtiers et entreprises promettent également d'être âpres sur les couvertures de responsabilité civile de dirigeants et mandataires sociaux sachant que la crise pourrait augmenter les conflits de ce type. Les débats sont aussi déjà nourris sur les couvertures contre les risques cyber, car le développement massif du télétravail sur fond de pandémie peut favoriser la multiplication de cyberattaques.