Le fonds activiste britannique Amber Capital, qui détient un peu plus de 5% des actions du groupe Lagardère, a rendu public jeudi un courrier envoyé la semaine dernière au conseil d'administration, fustigeant la gouvernance du groupe et sa stratégie et demandant une accélération des cessions dans les médias et le sport.

S'il salue le recentrage du groupe sur l'édition et les points de vente, le fonds regrette que les cessions d'actifs "interviennent beaucoup trop lentement", selon un communiqué.

Lagardère a finalisé en février la cession de l'essentiel de ses actifs médias à Czech Media Invest (CMI), la holding de l'homme d'affaires tchèque Daniel Kretinsky. Et il négocie actuellement avec M6 en vue de céder ses chaînes de télévision, dont Gulli, une opération qui pourrait rapporter entre 200 millions et 230 millions d'euros.

Mais Amber Capital va plus loin, demandant une "révision" du système de gouvernance en commandite du groupe Lagardère dont il dénonce l'opacité et s'en prenant à la holding familiale "Lagardère Capital & Management": celle-ci, selon lui, facture au groupe "des coûts totalement décorrélés de ses performances effectives", dont "une partie n'est pas expliquée".

L'attaque tombe au moment où Arnaud Lagardère, également à la tête de la radio Europe 1, y affronte une fronde des salariés, inquiets par ce qu'ils estiment être une "absence criante de stratégie" face à l'effondrement des audiences, selon une lettre ouverte publiée jeudi.

"Europe 1 sous la barre des 6 points d'audience avec plus d'un million et demi d'auditeurs perdus depuis 5 ans", soulignaient déjà les salariés dans une motion de défiance votée le 18 avril, dénonçant la "non-stratégie dont le responsable est Arnaud Lagardère".

- Conflit d'intérêts? -

Europe 1 est, avec RFM ou Le Journal du Dimanche, l'un des rares actifs médias que Lagardère n'a pas vendu à CMI. Une transaction lors de laquelle il y aurait eu selon Amber Capital un éventuel "conflit d'intérêts" de la part de l'ancien président de Lagardère Active, Denis Olivennes, devenu en début d'année gestionnaire des actifs de CMI en France.

"Alors que le processus de cession n'était pas encore clos (...) M. Olivennes a négocié les conditions de son nouveau poste" avec CMI "alors même qu'il négociait en même temps contre ce dernier les conditions de cession des actifs de Lagardère", dénonce le fonds activiste.

Interrogé par l'AFP, le groupe Lagardère n'avait pas donné suite jeudi après-midi.

Lors de la précédente assemblée générale déjà, Amber Capital avait tenté de faire entrer deux représentants au conseil d'administration du groupe. Mais le fonds qatari Qatar Holding, premier actionnaire de Lagardère, avait finalement choisi de voter contre ces deux résolutions.

Les relations entre Amber Capital et Lagardère s'étaient encore un peu plus tendues en octobre, le groupe français déposant une plainte contre X pour délit d'initié après des "mouvements suspects sur son titre". La plainte mentionnait l'achat d'actions par les fonds Amber Capital, DNCA Finance et EDRAM entre le 24 avril et le 27 avril 2018.

Deux mois plus tard, Amber avait renforcé sa participation, dépassant la barre des 5% du capital, pour près de 4% des droits de vote.

Le nouveau vent de fronde intervient alors que le groupe retrouve des couleurs depuis plusieurs trimestres. Sur les trois premiers mois de l'année, le chiffre d'affaires progresse ainsi de 9,8%, avec une croissance de la quasi totalité des divisions de la holding.

Et il pourrait désormais entrer dans une phase d'acquisition, Arnaud Lagardère rejetant, mi-mars, l'idée d'un rachat d'actions afin d'"avoir les moyens de nos ambitions, si une opportunité de rêve se présente".