Après un millésime 2020 de l'apprentissage exceptionnel, avec près de 500.000 contrats signés, comment éviter le trou d'air cette année ? La question figurera à l'ordre du jour du troisième sommet social de l'ère Castex, le 15 mars prochain en milieu d'après-midi, et plus encore le lendemain à l'occasion d'une rencontre d'Elisabeth Borne avec les grands réseaux de Centre de formation d'apprentis (CFA).

A quelques nuances près, leurs positions se résument en un verbe - « prolonger » - sur les aides à l'embauche. Pour rappel, ces aides sont de 5.000 euros pour un apprenti mineur ou de 8.000 euros au-delà de 18 ans, jusqu'au 31 mars.

« C'est trop important pour les jeunes », insiste le président de CCI France, Pierre Goguet, qui milite pour un an de plus. Le réseau Walt, qui regroupe plusieurs écoles dont les Compagnons du devoir ou les Maisons familiales rurales, demande une reconduction à l'identique jusqu'à la fin de l'année.

Le président de CMA France (artisans), Joël Fourny, n'avance pas d'échéance mais affiche la même position. « Nous comprenons que ces mesures ne peuvent pas rester pérennes. Mais nous souhaitons qu'il n'y ait pas de rupture brutale au-delà du 31 mars », plaide-t-il. La fédération des directeurs de CFA, la Fnadir, attend de faire remonter les attentes de ses adhérents, mais il serait surprenant qu'elles soient différentes.

Borne favorable

Prolonger, Elisabeth Borne y est favorable - elle l'a dit au nouveau président de l'U2P, Dominique Métayer - sous une forme à arrêter après arbitrage interministériel. Le coût de la mesure constitue évidemment un paramètre clé de l'équation vu la facture pour 2020, bien au-delà des 2 milliards d'euros budgétés. Il ne sera pas le seul. Même si personne ne s'en plaint, les primes ont eu un effet accélérateur sur les formations du supérieur, lesquelles avaient déjà le vent en poupe, ce qui milite pour un rééquilibrage en faveur des niveaux bac ou infra.

Une des pistes qui circule, démentie par le ministère du Travail, consisterait à aménager les aides ainsi : toujours 5.000 euros pour un mineur, 8.000 pour un majeur jusqu'à bac+2 et entre 5.000 et 6.000 euros à partir de bac+3. Une autre porte sur un maintien à l'identique quitte à diminuer les aides à l'embauche des jeunes en CDI ou CDD de plus de trois mois prévues dans le plan « 1 jeune 1 solution ».

Trois ou six mois ?

L'autre grand sujet pour la rentrée 2021 porte sur le maintien à six mois du sas permettant à un apprenti de démarrer sa formation sans avoir trouvé un employeur. Walt plaide pour un retour à trois mois, durée jugée suffisante sans compter que son doublement a provoqué quelques abus. A l'inverse, les CCI et CMA France votent pour le maintien, compte tenu de l'incertitude économique.

Le dernier gros sujet est un peu moins urgent, mais pas moins important. Il porte sur la révision des coûts contrats, c'est-à-dire des forfaits que touchent les CFA pour chaque jeune en contrat. Devant le tollé des intéressés, le ministère a reporté la révision à la rentrée 2022, ce qui suppose de disposer des nouveaux barèmes d'ici à la fin de l'année.