C'est chaque année l'un des stands les plus courus dans la rue principale de la douillette station de ski suisse, qui se transforme fin janvier en podium de l'élite économique et mondiale: celui de Zurich Insurance, qui distribue de gros bonnets bleus que l'on s'arrache pour se protéger contre les températures hivernales.

Mais cette année, il y a une nouveauté: l'assureur promet de planter un arbre pour chaque couvre-chef offert. Mardi après-midi, au premier jour du Forum économique mondial, le compteur affichait 5.250.

Planter des arbres pour compenser les émissions de CO2, voilà une idée qui trouve beaucoup d'écho à Davos.

Jusqu'au président américain Donald Trump qui a promis mardi de rejoindre l'initiative "1.000 milliards d'arbres" (à planter ou à sauver) lancée par les organisateurs du Forum économique mondial (World Economic Forum, WEF).

Selon le WEF, il s'agit de monter une plateforme pour "unifier" les initiatives en faveur de la plantation ou de la conservation de forêts dans le monde.

"Les arbres sont l'un des meilleurs moyens de capter le gaz carbonique et d'arrêter les pires effets du changement climatique", selon Marc Benioff, patron de l'éditeur de logiciels Salesforce, partenaire financier de ce projet.

Le vice-Premier ministre chinois Han Zheng a lui parlé mardi d'un programme "de grande valeur", vantant les propres efforts de reforestation de la Chine, qui est selon lui "prête à partager son expérience avec d'autres pays."

Cet engouement est vu avec une certaine réserve par les militants de l'environnement, à commencer par la jeune Suédoise Greta Thunberg, invitée de marque à Davos cette année.

"Nous ne vous disons pas de +compenser vos émissions+ simplement en payant quelqu'un d'autre pour planter des arbres dans des endroits comme l'Afrique, alors que dans le même temps des forêts comme l'Amazonie sont massacrées à une bien plus grande vitesse", a-t-elle déclaré.

"Planter des arbres est une bonne chose, bien sûr, mais c'est très loin de ce qu'il faudrait faire", a dit l'activiste suédoise, pour qui il faut réduire de toute urgence les émissions de CO2, et non seulement les compenser.

Même réaction de colère chez Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace International: "Nous devons absorber des volumes massifs de CO2 pour éviter une vraie catastrophe, mais l'idée de planter des arbres pour compenser la poursuite de la pollution venant des émissions existantes de carburants fossiles, ce n'est tout simplement pas crédible", a-t-elle indiqué à l'AFP à Davos.

"Plus encore: c'est continuer sur la voie d'une solution erronée. Le simple fait que le Forum puisse encourager à planter des arbres plutôt qu'à réduire le problème montre à quel point (ses participants) sont déconnectés et loin de réaliser ce que cela signifie que de laisser une société vivable à ses enfants", s'est-elle insurgée.

Nombre d'entreprises représentées à Davos, comme par exemple les géants pétroliers Shell ou Total, ont depuis longtemps annoncé des projets de compensation carbone passant par la plantation d'arbres, et ce schéma est également mis en place par des compagnies aériennes.

Des experts appellent toutefois à la prudence, à cause de l'éventuelle concurrence avec des cultures vivrières; ou de l'utilisation d'essences à croissance rapide, eucalyptus ou pins, susceptibles de perturber les écosystèmes locaux.