C'est une approche des rapports entre école et entreprise qui rompt avec les vieilles habitudes françaises. Une approche « par compétences », pour anticiper les besoins en emploi des entreprises dans les métiers d'avenir ou en tension, défend Frédérique Vidal. Avec ses homologues Jean-Michel Blanquer (Education) et Elisabeth Borne (Travail), la ministre de l'Enseignement supérieur s'apprête à publier un appel à manifestations d'intérêt baptisé « compétences et métiers d'avenir », dans le cadre du quatrième programme d'investissements d'avenir.

C'est en quelque sorte le volet formation de « projets innovants contribuant à la transformation du pays » et aux emplois de demain, selon les termes du Secrétariat général pour l'investissement, rattaché à Matignon. La publication au « Journal officiel » de l'appel à manifestations d'intérêt, que « Les Echos » ont pu consulter, est imminente.

« Il y a une véritable volonté du président de la République de relancer la souveraineté industrielle et de recréer des usines, confie Frédérique Vidal. Il faut qu'on soit capables de former ceux dont le métier va changer et de le faire aussi pour les jeunes qui pourront exercer tous ces nouveaux métiers. »

L'appel à manifestations d'intérêt rappelle les demandes récurrentes des entreprises sur « le manque de personnel formé et adapté à un marché du travail qui change sans cesse ». Or, « si les besoins ne sont pas satisfaits, ils peuvent être sources de faiblesse dans la mise en oeuvre de chaque stratégie nationale ».

Des consortiums très larges

Ces « stratégies » vont de la cybercriminalité à l'hydrogène en passant par l'environnement : « A partir de la recherche, on prépare la décarbonation de notre industrie, et donc lorsque nos voitures seront majoritairement des véhicules à hydrogène ou électriques, il faudra bien des mécaniciens pour s'en occuper et des ingénieurs pour concevoir les améliorations », détaille Frédérique Vidal. Pour identifier ces métiers de demain, les candidatures sont ouvertes à des consortiums mêlant des entreprises à des collèges, des lycées, des universités, des écoles, voire Pôle emploi ou des collectivités territoriales qui cofinanceraient le projet. Ils devront « cerner les besoins » et pourront bénéficier de subventions pour proposer des formations « adéquates et adaptées » aux stratégies nationales. Le gouvernement est prêt à débloquer jusqu'à 800 millions d'euros.

Pour les jeunes concernés, l'idée ne sera plus « de faire a priori tel ou tel type d'études, mais de choisir un champ de métiers d'avenir, comme la protection de l'environnement ou les énergies décarbonées » et de s'y orienter « avant le bac pour ensuite faire un bac professionnel, un bac+3, un bac+5 ou un diplôme d'ingénieur », indique encore Frédérique Vidal. « Il faut amener chacun au maximum de ses capacités, depuis le pré-bac jusqu'au monde industriel », plaide la ministre, en insistant sur « la possibilité de se former tout au long de la vie ».

Des formations « adéquates et adaptées » à l'adéquationnisme, il n'y a qu'un pas... L'appel à manifestations d'intérêt risque de raviver les craintes autour de cette idée consistant à former un jeune pour un besoin professionnel spécifique, un risque brandi depuis des années dès qu'on parle des relations entre école et entreprise. Frédérique Vidal balaie l'argument : « En additionnant des briques de compétences qui vont pouvoir être utiles dans énormément de métiers, on sort du piège de l'adéquationnisme. »

Les futurs consortiums pourront bénéficier d'outils existants (campus des métiers et des qualifications, écoles universitaires de recherche, nouveaux cursus à l'université...), les combiner ou recourir à d'autres. L'Agence nationale de la Recherche et la Caisse des dépôts assureront le suivi des projets sélectionnés. Une première série de candidatures est attendue mi-septembre.