C'est comme si la French Tech passait entre les gouttes. Malgré la crise sanitaire et les aléas économiques, les start-up tricolores ont démarré l'année 2021 pied au plancher. Au premier trimestre, elles ont réalisé 173 tours de table et levé un montant total de 1,45 milliard d'euros, dévoile une étude du cabinet Avolta Partners. Si ce rythme est maintenu lors des neuf prochains mois, la French Tech pourrait battre un nouveau record de financement et confirmer son statut de championne de l'Union européenne - la France avait battu l'Allemagne avec 5,4 milliards d'euros levés en 2020.

« Nous sommes quasiment à des niveaux record au premier trimestre tant en nombre d'opérations qu'au niveau du montant total des financements », décrypte Arthur Porré, cofondateur d'Avolta Partners. Les trois premiers mois de l'année ont notamment été marqués par les tours de table de Vestiaire Collective (178 millions d'euros), devenue la dernière licorne française, d'eCential Robotics (100 millions), de Payfit (90 millions), d'Hype (80 millions) et d'Alma (49 millions).

Les dix plus grosses opérations ont représenté environ 50 % des fonds levés. « Mais nous observons une remontée des plus petits deals. Il s'agit d'un signe encourageant, car cela signifie que les investisseurs sont également prêts à investir dans le early stage », estime Arthur Porré. La dynamique tient en partie à un « effet rattrapage ». Pendant le premier confinement, plusieurs opérations ont été suspendues, voire reportées. L'activité des acteurs du capital-risque a nettement redémarré en septembre, ce qui s'est traduit par de nombreux financements ces derniers mois. En outre, l'accélération de la campagne de vaccination laisse espérer un retour à un semblant de normalité cet été. Les investisseurs sont prêts à accompagner les pépites sorties renforcées de la crise sanitaire.

Les fonds étrangers aux premières loges

Au premier trimestre, près de 40 % des financements des start-up provenaient de fonds étrangers. Un niveau record. « Cela fait quelques années que l'écosystème rayonne à l'international et cela commence à payer », analyse Arthur Porré. La stabilité fiscale et les ambitions croissantes des entrepreneurs français expliquent aussi cet engouement. Mais le tableau général demeure imparfait. La France a certes réalisé un nombre record de sorties (80) au premier trimestre, mais leur montant cumulé n'a atteint que 658 millions d'euros. La plus grosse opération a concerné Photonis, vendu pour 370 millions d'euros à HLD. Le rachat de Talend par le fonds Thoma Bravo n'est pas comptabilisé car la société fondée par les Français Bertrand Diard et Fabrice Bonan a installé son siège aux Etats-Unis.

Le manque de grosses sorties est l'une des principales faiblesses de la French Tech et s'explique en partie par la jeunesse de l'écosystème. Il y a en effet toujours un délai de plusieurs années entre le moment où les fonds entrent dans les jeunes pousses et celui où ils en sortent. Les sorties actuelles concernent des sociétés qui ont été financées en 2014 ou en 2015, à un moment où les montants récoltés auprès des investisseurs étaient beaucoup plus faibles. « Les sociétés qui ont été créées depuis deux ans ont davantage le potentiel d'être valorisées plus de 1 milliard d'euros », veut croire Arthur Porré. Ce qui promet des plus grosses sorties dans le futur. Le gouvernement a beau espérer des introductions en Bourse à Paris, les start-up tricolores les plus ambitieuses rêvent plutôt de se coter aux Etats-Unis. Et la fièvre des SPAC pourrait accélérer cette tendance dans les prochains mois.