Dimanche, Mme Buzyn a annoncé qu'en raison de "freins techniques", le tiers payant ne pourrait être généralisé à l'ensemble des patients au 1er décembre et qu'elle préférait rendre le dispositif "généralisable" c'est-à-dire facultatif. Elle s'appuie sur un rapport de l'Igas, publié lundi, qui juge "irréaliste" la généralisation à cette date.

La dispense d'avance de frais, déjà appliquée aux femmes enceintes, malades chroniques et certains patients les plus modestes depuis le 1er janvier 2017, devait être étendue au reste de la population en application de la loi Santé de 2016 portée par Marisol Touraine.

Le dispositif devait obliger l'ensemble des professionnels de santé à l'appliquer pour la part remboursée par l'assurance maladie, même si aucune sanction n'était prévue contre les récalcitrants.

Le premier syndicat de médecins libéraux, la CSMF, a salué "la mort du tiers payant généralisé" et rappelé qu'il  "défend depuis toujours le tiers payant social pour les populations défavorisées" bénéficiant de la Couverture maladie universelle (CMU) ou de l'Aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS), "et au-delà, laissé à l'appréciation du médecin".

La CSMF rappelle qu'elle "n'a eu de cesse de dénoncer le casse-tête administratif et bureaucratique engendré par un tel dispositif faisant du médecin un contrôleur au lieu d'un soignant et qui, au final, pénaliserait le patient".

Le Syndicat des médecins libéraux (SML) estime lui aussi que l'annonce de la ministre confirme qu'il "avait raison depuis le début". Il juge que "le médecin doit pouvoir rester libre de pratiquer ou non la dispense d'avance de frais, excepté pour les patients en CMU et ACS (...)".

Plus nuancé, le syndicat des jeunes généralistes, ReAGJIR, rappelle qu'il avait pris position "en faveur du tiers payant intégral pourvu que les freins soient levés et la faisabilité réalisable", lors du premier rapport de l'Igas sur le sujet en 2013.

"Nous constatons sur le terrain que la non pratique du tiers payant pose parfois problème (...). Quand nous envoyons certains patients chez des confrères qui ne pratiquent pas le tiers payant, les patients choisissent parfois de ne pas y aller, anticipant une dépense importante", écrit le syndicat.

"Dans une logique de lutte contre le renoncement aux soins, le tiers-payant nous semble être un très bon outil. Mais, le tiers-payant sera réellement utilisé s'il est facile à mettre en œuvre et qu'il fonctionne réellement de bout en bout", alors qu'il "existe encore beaucoup de freins, surtout sur la part complémentaire", déplore-t-il.

Pour sa part, la CNSD, syndicat des chirurgiens-dentistes, "se félicite que la ministre décide de revenir sur ce dispositif, et salue le bon sens dont elle fait preuve, ce que par dogmatisme son prédécesseur (Marisol Touraine nldr) n'a jamais accepté d'envisager".