Même si l'immobilier n'a pas démérité, il fallait, en 2017, miser sur les actions. Que nous réserve 2018 ?

Les actions en tête d'affiche

Si la Bourse de Paris a réalisé une performance plus qu'honorable en 2017 (+ 9, 26 % pour le CAC 40), les fonds petites et moyennes valeurs françaises et européennes surperforment largement l'indice. « C'est impressionnant, d'autant plus que cela dure depuis trois ans, souligne Jean-Paul Raymond, cofondateur et directeur du développement de Quantalys. Il faut dire que nous disposons en France de très bons spécialistes des petites valeurs et qu'en la matière, le 'stock picking' a une valeur ajoutée certaine. »

Le palmarès des fonds 2017

S'il est assez optimiste pour 2018 sur ce segment de marché et sur les fonds européens en général, il se montre beaucoup plus prudent sur les fonds actions US, notamment à cause de l'instabilité politique. Eu égard àl'envolée de Wall Street, ces fonds affichent pour 2017, une performance relativement modeste, du fait de la baisse du dollar. Méfiance aussi sur les fonds émergents dont la belle envolée de 2017 est essentiellement due à « un effet de rattrapage et qui sont très volatils », estime Jean-Paul Raymond. Quant à la classe d'actif obligataire, qui piétine en 2017, il faut selon lui l'aborder en 2018 avec la plus grande prudence.

L'immobilier sur sa lancée

2017 aura été une année exceptionnelle. Non sur le plan de l'évolution des prix, qui ont juste effectué un rattrapage (on est revenu en moyenne en France au prix d'il y a dix ans), mais sur celui de la fluidité du marché, estime Sébastien de Lafond, président de MeilleursAgents. com. « On devrait dénombrer 958.000 transactions en 2017, soit 10 % de plus qu'en 2013. 3,3 % des 29 millions de ménages ont réalisé une transaction dans l'ancien. C'est plus que dans la période faste 2000-2007 où 3,2 % des ménages avaient acheté, mais ils n'étaient à l'époque que 25 millions. »

Il y a plusieurs marchés de l'immobilier : celui des grandes métropoles, celui des villes moyennes et celui des zones rurales. Et l'évolution des prix en 2017 est très disparate : + 4,8 % pour le Top 10 des villes, + 3,3 % pour les agglomérations du Top 50... contre 0 dans les zones rurales, selon MeilleursAgents. Et pour Sébastien de Lafond, il n'y a pas de raison pour que ces écarts se réduisent. Alors où faut-il acheter en 2018 ? « Le grand Paris présente beaucoup d'opportunités. La capitale va s'étoffer et dépasser ses frontières, estime-t-il. La communauté urbaine de Bordeaux présente aussi un potentiel de plus-values, de même que des villes comme Nantes, Rennes et Lyon. Marseille reste un pari. Le potentiel est là, mais son évolution reste incertaine. Les prix vont continuer à grimper là où il y a des investissements et un bassin d'emploi. Autres secteurs à jouer : les zones touristiques reconnues. Les investisseurs du Nord, Français et étrangers, se remettent à acheter des résidences secondaires pour leur retraite. Un mouvement qui avait été interrompu par la crise de 2008. »

Les SCPI pour le rendement

La cote d'amour vis-à-vis des SCPI n'a pas faibli en 2017. Ces sociétés civiles de placement immobilier s'acheminent vers un nouveau record annuel de collecte autour de 6 milliards d'euros, porté par un premier semestre euphorique. Le succès de la pierre s'explique par un rendement moyen, qui bien qu'en baisse, reste attrayant et compétitif : entre 4,45 % et 4,50 % attendus en 2017 (4,63 % en 2016), avant impôt. « Les meilleures performances sont à mettre au crédit de sociétés de gestion indépendantes », précise Jonathan Dhiver, fondateur de MeilleureSCPI. com

Le paradoxe de l'or

En 2017, la hausse de l'or s'est articulée en deux temps. « En début d'année, les investisseurs ont réalisé que la hausse des taux de la Fed, tant redoutée, serait réalisée très progressivement », explique François de Lassus, directeur de la communication externe de CPoR Devises. Dans la mesure où l'or ne rapporte rien, des taux faibles renforcent sa compétitivité par rapport aux autres placements. « L'autre facteur qui explique la hausse du cours est la baisse du dollar au cours de l'année qui s'est accentuée en décembre », analyse-t-il. Les investisseurs arbitrent entre deux valeurs refuges que sont l'or et le dollar, et leur évolution est inversement corrélée. Reste que pour l'investisseur français, qui achète en euro, l'acquisition d'or coté en dollar se solde donc par une performance quasi nulle malgré la hausse de la matière première.

L'once en dollar a gagné 12,66 % en 2017, mais baissé de 1,39 % en euro tandis que le lingot s'est apprécié de 12,77 % en dollar et s'est replié de 1,69 % en euro.

Dans ces conditions, quel est l'intérêt d'investir dans l'or ? « Justement, comme l'euro s'apprécie par rapport au dollar, une dynamique qui pourrait se poursuivre en 2018, un épargnant français peut acheter de l'or à bon compte. Les Indiens et les Chinois, dont la devise s'apprécie également face au dollar devraient augmenter leurs achats en 2018, ce qui devrait soutenir le cours puisque la demande de ces deux pays représente 50 % de la demande mondiale. En outre, une volatilité accrue cette année et la volonté de se protéger contre le risque induit par l'importance de la dette, surtout américaine, pourraient inciter les investisseurs à se diversifier davantage sur des actifs réels et à se reporter sur l'or », souligne François de Lassus.

La chute de l'assurance-vie

Les contrats d'assurance-vie en euro (à capital garanti)rapportent de moins en moins. Selon Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Good Value for Money (prescripteur de contrats d'assurance-vie), le rendement moyen devrait s'établir à 1,48 % pour 2017. « C'est 30 à 40 centimes de moins qu'en 2016. Parallèlement, les compagnies vont continuer à doter la provision pour participation aux bénéfices (PPB) de 30 à 40 centimes. » Cette provision destinée à lisser les rendements de fonds en euro doit en théorie être redistribuée aux assurés au bout de huit ans maximum. Mais pour Cyrille Chartier-Kastler, « il y a un risque potentiel que cette provision ne soit jamais redistribuée car les compagnies font tourner la PPB. Exemple : une société peut distribuer 1 % en piochant dans la PPB d'il y a huit ans et en contrepartie remettre 1 % dans la PPB de l'année ». Les montants cantonnés dans cette poche sont considérables : 3,07 % des actifs en 2016 et ce sera 3,40 à 3,50 % en 2017 selon Good Value for Money.

Quid pour 2018 ? Pour Cyrille Chartier-Kastler, les rendements vont encore baisser pour arriver à l'étiage de 1,30 % mais devraient redémarrer ensuite à la faveur de la hausse des taux d'intérêt. « La sécurité du placement se paie par un rendement négatif une fois l'inflation et les frais déduits », conclut-il. C'est également le cas du Livret A qui affiche désormais un rendement réel négatif.

L'alternative consistant à souscrire des contrats en unités de compte (UC) - sans garantie en capital mais avec un meilleur potentiel de gains - peine à convaincre.