Sa déclaration de candidature à la présidence de la République, Emmanuel Macron l'avait faite dans un territoire très emblématique des problèmes de politique de la ville, en Seine-Saint-Denis, à Bobigny, dans un centre de formation d'apprentis (CFA). Un symbole. Mais un symbole qui depuis, semblait souffrir du manque d'orientations et de contenu. Car c'est bien plutôt la déception qui est montée dès cet été chez les élus et les associations avec la réduction du nombre de contrats aidés, les coups de rabot sur le budget 2017 des crédits politique de la ville et des aides au logement.

Changement de climat lundi, à l'amorce d'un déplacement de deux jours du chef de l'Etat à Clichy-sous-Bois et à Roubaix d'abord. A Tourcoing ce mardi, où Emmanuel Macron prononcera son premier discours sur la politique de la ville depuis son élection. Avec un aréopage de ministres. De quoi afficher l'importance du sujet après une séquence fiscale durant laquelle le chef de l'Etat a été perçu comme favorisant d'abord les plus aisés. De quoi aussi, à une encablure du Congrès des maires, montrer son attention sur l'un des dossiers conflictuels. Et alors que les maires et les associations de quartier avaient tiré la sonnette d'alarme, mi-octobre, via l'appel de Grigny, Emmanuel Macron a débuté cette séquence par un déjeuner lundi à l'Elysée avec eux. Un échange de deux heures trente. « Il est conscient de la difficulté du sujet, de la gravité de la situation, de la nécessité impérieuse de faire quelque chose vite et sur la durée. Et pour une fois, on nous reçoit avant que ça explose, souligne le député PS et ex-maire de Sarcelles, François Pupponi. Emmanuel Macron est intimement convaincu que se joue là une partie de l'avenir de la République. »

« Emancipation »

Ce mardi, le chef de l'Etat doit développer les deux axes de sa politique à l'égard des quartiers : « l'effectivité des droits », d'une part, via l'accès aux services publics, à la sécurité, via la lutte contre les discriminations et, d'autre part, « l'émancipation ». Ceci, via une série de mesures, dont certaines ont déjà été lancées (dédoublement des CP en zone REP+) ou vont l'être, via le plan santé ou le plan pauvreté. Et quand la rénovation urbaine ou les transports sont des politiques de long terme, il s'agit aussi, pour le chef de l'Etat, de montrer qu'il « agit dès maintenant », souligne l'Elysée.

L'émancipation et la méthode doivent être au coeur du discours. A travers, notamment, les « emplois francs », dont l'expérimentation commencera début 2018. Un dispositif qui était dans le programme présidentiel mais absent, d'abord, du projet de budget et réintégré à la faveur d'un amendement de la majorité. Signe de l'urgence d'avancer du concret en la matière.

D'autres « premiers de cordée »

Sur la méthode, le chef de l'Etat souhaite fonctionner, comme souvent, de manière partenariale : en impliquant les habitants, les associations, les collectivités. Ce qui ne manquera pas de créer des tensions sur le financement. Mais c'est aussi l'approche du sujet que le chef de l'Etat voudrait faire évoluer. « Emmanuel Macron veut changer le regard que portent l'administration, le gouvernement et tous ceux qui sont du bon côté de la barrière sur ceux qui sont du mauvais côté », explique un proche du chef de l'Etat. Bref, passer « d'un discours de victimisation à un discours d'émancipation ».

« Les habitants des quartiers ne demandent pas la charité ou un regard condescendant, mais qu'on leur donne les moyens de pouvoir réussir », poursuit ce proche. Il doit installer un conseil présidentiel pour la ville avec des jeunes des quartiers ayant réussi dans divers domaines, pour « raconter d'autres histoires que celle de la défaite », indique l'Elysée. Finalement, une autre forme de « premiers de cordée ».