Sa nomination conclut des semaines de conjectures autour de la nomination du successeur de Pierre-René Lemas, poussé vers la sortie par Emmanuel Macron après avoir atteint l'âge de retraite préfectorale et malgré un mandat courant jusqu'en 2019.

La prise en main de la Caisse des dépôts par M. Lombard pourrait témoigner de la volonté de l'exécutif de changer le fonctionnement de cette puissante institution publique, chargée notamment de financer les grandes orientations politiques de l'Etat.

Car, pour la première fois, l'institution accueille à sa tête non pas un énarque mais un diplômé d'école de commerce ayant effectué la majeure partie de sa carrière dans le secteur privé financier.

A sa sortie d'HEC en 1981, Eric Lombard intègre la banque Paribas au département des affaires internationales puis à la gestion financière.

Son engagement politique auprès de Michel Rocard l'amène en 1989 à quitter la banque pour conseiller Louis Le Pensec, alors porte-parole du gouvernement.

Il suivra Michel Sapin au ministère de la Justice puis à celui de l'Economie et des Finances.

"Ces quatre années passées au service de l'Etat l'ont fortement marqué car il est resté préoccupé par le fait de servir l'intérêt général, qu'il a chevillé au corps", rapporte une ancienne collaboratrice, interrogée par l'AFP.

"Il se considère comme un héritier de Michel Rocard dont il est resté proche jusqu'à la fin", ajoute-t-elle.

En 1993, il revient à ses premières amours à Paribas où il acquiert une grande polyvalence financière, d'abord comme responsable des fusions et acquisitions dans les secteurs bancaire et de l'assurance. Il développe également le département dédié aux institutions financières et se spécialise dans la banque d'affaires. 

- 'Il connaît les entreprises' -

En 2000, il assiste aux premières loges à la méga-fusion de Paribas avec la Banque nationale de Paris et continue son ascension au sein du nouveau groupe BNP Paribas. En 2004, il prend la tête de la filiale d'assurances de la banque, qui deviendra BNP Paribas Cardif.

"C'est quelqu'un de très respecté dans l'ensemble de la communauté financière de par son expérience, dans la banque puis dans l'assurance", salue Bernard Spitz, président de la Fédération française de l'assurance.

"C'est aussi quelqu'un habitué à gérer de grands ensembles, qui a toujours été transformateur dans sa démarche, tout en étant attentif au dialogue social", ajoute M. Spitz.

Apprécié en interne pour son accessibilité et son "souci de l'intérêt collectif", un de ses ex-proches collaborateurs lui reconnaît aussi un "courage" managérial. 

"Quand il estime nécessaire de mener un changement, il n'hésite pas à l'assumer, s'impliquer et dialoguer pour convaincre", poursuit-il.

Au bout de 20 ans de carrière chez BNP Paribas, Eric Lombard part chercher un nouveau souffle fin 2013 auprès de l'assureur italien Generali et devient directeur général puis PDG de la filiale française, Generali France.

En mai, son départ est annoncé pour la fin de l'année sur fond de rumeurs de mésentente avec Philippe Donnet, nouveau patron français du groupe italien. 

Outre sa fonction de président d'Europ Assistance, il est aussi administrateur de Bpifrance, filiale de la Caisse des dépôts.

"Son parcours très riche est un atout pour diriger la Caisse des dépôts: il connaît les entreprises, les produits et marchés financiers, les circuits de distribution et le marché des particuliers", vante un proche à l'AFP.

Il est par ailleurs trésorier du groupe de réflexion et de pression Les Gracques, fondé en 2007 par des hauts fonctionnaires de tendance sociale-libérale, idéologiquement proche du président Macron.

Eric Lombard "est un homme de réseau, il connaît beaucoup de monde dans la finance, l'assurance et la politique", confie un banquier à l'AFP.

Il retrouvera dans les hautes sphères de la finance publique François Villeroy de Galhau, ancien directeur général délégué de BNP Paribas et actuel gouverneur de la Banque de France, qu'il a cotoyé une dizaine d'années au sein du groupe.

Père de trois enfants, Eric Lombard est aussi, selon une connaissance, mélomane et passionné de voile. "Il aime le grand large et être confronté aux éléments", confie un de ses anciens collaborateurs.