La parole est souvent donnée aux patrons sur le sujet. La plupart se disent frileux sur l'actionnariat salarié. Le cabinet Equalis Capital, l'un des rares qui gèrent cet outil d'épargne salariale exclusivement pour des ETI-PME, a décidé de sonder les salariés bénéficiaires (ou non) du dispositif. Le baromètre, publié ce vendredi, porte sur 18.900 salariés en France (et 6.300 à l'international) des 18 entreprises répondantes sur les 31 de son portefeuille. Une majorité, 65 % des salariés investisseurs, jugent positif l'actionnariat salarié et 70 % envisagent même de souscrire à nouveau.

La majorité de ceux qui en bénéficient le voit d'abord comme un avantage financier : il est perçu comme un « investissement attractif » (77 %) et un « complément de rémunération » (63 %). Il est aussi jugé comme un bon outil RH : c'est un levier de motivation (60 %), un élément de fidélisation (57 %), voire une « différenciation par rapport aux entreprises concurrentes » (55 %). En revanche, mauvaise pioche pour les dirigeants qui espèrent en faire l'alpha et l'oméga de la paix sociale. 40 % ne pensent pas qu'il a amélioré le climat social dans l'entreprise. « Normal, ce n'est pas son objectif. C'est un outil purement économique, de partage de la valeur, et non pas un outil de cogestion, contrairement à ce que pensent certains dirigeants », rappelle Jean-Philippe Debas, président d'Equalis Capital.

« Partager la valeur »

D'après le baromètre, le taux de souscription 2015-2017 atteint 44 %, avec un investissement moyen de 2.846 euros par salarié (sachant que 15 % réalisent près des deux tiers des investissements). Les salariés sont prudents : ils n'investissent que 37 % de leur épargne salariale (investissement et participation) dans les fonds communs de placement entreprise (FCPE) actionnariat salarié, le reste va à la consommation ou dans d'autres fonds. D'après l'indice mis en place depuis deux ans par Equalis, calculé par consolidation des valorisations individuelles des entreprises, la performance des sociétés à actionnariat salarié de son portefeuille est positive. « Cela montre qu'on peut partager la valeur créée dans l'entreprise, en ouvrant notamment son capital aux salariés, sans nuire à la compétitivité. Ce qui n'est pas le cas lorsque l'on augmente les salaires », souligne Jean-Philippe Debas, pour mettre à bas certaines craintes des dirigeants d'ETI et PME.

Quelles sont les raisons qui poussent les salariés à ne pas investir ? D'après le sondage, 58 %, d'abord, le regrettent. Mais ils avancent pour première raison le manque de moyens (41 %), suivi par le manque de compréhension du dispositif (30 %) puis par une incitation à l'investissement insuffisante (12 %). « Pour que cela fonctionne, il faut non seulement un abondement de l'employeur, mais il faut aussi une forte communication sur le sujet », confirme Jean-Philippe Debas, qui cite en exemple Essilor et ses « ambassadeurs référents » chargés de renseigner les équipes.

Embryonnaire

Reste que l'actionnariat salarié est encore très embryonnaire dans les entreprises non cotées. Ce qui explique que beaucoup d'études (Amundi, Eres...) portent sur les gros groupes. Dans l'univers des ETI (et une poignée de PME) concernées, environ 145.000 salariés, employés dans 160 sociétés, détiennent pour 1,4 milliard d'actions de leur entreprise. Une broutille face aux 41,2 milliards d'encours dans les sociétés cotées. Obligation de transparence sur la santé financière, risque lorsque l'entreprise va moins bien, dilution du capital..., les raisons qui refroidissent les dirigeants sont nombreuses. « L'actionnariat salarié séduit surtout les patrons du CAC 40 et des start-up », constate Michel Bon, président de Fondact. Pour les autres, du chemin reste à faire.